ARLEQUIN, CLÉANTE, NISIDA, N É R I N E
ARLEQUIN
Vi F. N S , ma fille ; voilà le fils de celui qui nous avoit laissé sa fortune ; voilà celui à qui appartient tout ce que nous possédons. Nous étions riches ce matin , mon enfant , nous allons être pauvres ; mais il le faut bien , car sans cela
202 L E B O N P E R E. nous ne serions plus honnêtes gens.
Comment! que dites-vous? Je n’ai rien à prétendre : le mariage de mon pere ne fut jamais déclaré ; et la loi. . .
ARLEQUIN
Que me fait la loi, quand mon cœur parle? vous voyez bien qu’il me crie que votre bien n’est pas à moi.
Comment! je serois riche, et le fils de mon bienfaiteur seroit pauvre ! Non , mon ami , non , monsieur ; je vais tout vous rendre : mais je vous supplie d’assurer de quoi vivre à ma fille : je mourrois de douleur si je la laissois dans l’indigence; et, puisque vous êtes le fils du comte de Valcour, vous ne le souffrirez pas.
Votre fille ! 6 ciel ! Eh bien , oui , je reprends ma fortune, mais c’est pour la mettre à ses pieds. Et vous, digne
SCENE XVIII. 2o3 et vertueux homme , qui n’hésitez pas à vous dépouiller de vos biens, dans la crainte de me voir malheureux; je le serai toute ma vie, et vous n’avez rien fait pour moi , si vous me refusez votre fille.
ARLEQUIN
Quoi! vous voudriez...
Je veux retrouver mon pere; vous seul pouvez le remplacer.
ARLEQUIN
Mais je ne demande pas mieux, et je vais même te dire un secret qui te fera plus de plaisir que d’avoir retrouvé ta fortune; c’est que je ne te renvoyois de chez moi que parcequ’elle m’avoit avoué qu’elle étoit folle de toi. Ne lui dis pas que je te l’ai répété.
Ah ! Nisida , vous m’aimiez donc?
Heureusement je l’ai dit ce matin.
Grâce au ciel ! tout est arrangé; et i’en pleure de joie.
ARLEQUIN
Ma cliere Nérine, tu vois bien que je ne peux plus te donner Cléante selon mespremiers projets ; mais tu nous permettras de doubler la dot que je te destinois , et tu resteras avec nous pour être la bonne amie de la famille. Quant à vous, mes enfants, vous allez être unis, et vous serez sans doute heureux; mais souvenez-vous bien qu’aucun plaisir dans le monde ne vaut celui de faire son devoir d’honnête homme et de bon pere.