N É R I NE
Je saurai ce que tu fais , et où tu vas.
ARLEQUIN
- Vous ne saurez rien; car je vais rester ici à ne rien faire.
N ii R I N E.
Mais dis -moi, je t’en supplie...
ARLEQUIN
Quoi?
Tu es bien sûr que je t’aime.
ARLEQUIN
Oui.
Et toi, m’aimes- tu?
ARLEQUIN
Non.
N É R I N E , en cotere.
Et tu penses, perfide?...
arlequin.
Un moment , mademoiselle Né^ rine : êtes-vous capable de m’écouter une minute de sang-froid?
Oui, oui ; parle, parle : je t’écoutes je suis curieuse de savoir comment tu pourras t’excuser de cette indifférence^
SCENE I. 209 de cette froideur qui fait le malheur de ma vie; comment tu pourras me persuader. . . Mais parle donc , je t’écoute tranquillement.
ARLEQUIN
Je le vois bien ; mais votre tranquillité me fait peur.
Allons, explique-toi, justifie-toi; parle-moi donc.
ARLEQUIN
Soyez juste , mademoiselle Nérine :
vous savez bien que de ma vie je ne vous ai parlé d’amour ; d’après cela. . .
NERINE, très vivement.
Tu ne m’en as jamais parlé, scélérat? tu ne m’en as jamais parlé? Te souvient- il des premiers temps que tu étois dans la maison? Comme tu volois au-devant de ce qui pouvoit me plaire ! comme tu t’empressois de faire tout l’ouvrage que je devois partager!
Tu ne m’aborctois jamais qu’avec ceC air doux et tendre que tu prends si bien quand tu veux, monstre; et tu n’appelles pas cela de l’amour 1 Dis plutôt que j’ai cesse de te plaire ; dismoi qu’une autre plus heureuse m’a enlevé ton cœur. Mais ne te flatte pas que l’on m’ôtera impunément mon bien : nOn , traître, non, perfide; je me vengerai, sois -en sûr; je punirai ton mépris : et puisque l’amour le plus tendre n’a fait de toi qu’un ingrat, je mériterai ton indifférence en m’occupant de te haïr comme je m’occupois de t’aimer.
arlequin.
Si vous m’écoutez toujours comme cela, jamais vous ne m’entendrez.
NARINE
Mais parle donc , défends - toi ; profite de ce moment de calme.