SCENE XI
pas donné : vous m’avez dit de le venir reprendre avant la nuit, et je ne vous ai pas revue depuis ce moment.
ROSETTE
Arlequin. . . .
ARLEQUIN
Après ?
ROSETTE
Avez-vous envie de me fâcher ?
ARLEQUIN
Comment pourrois-tu le croire? Tu sais bien que j’en ai tremblé toute ma vie.
ROSETTE
Eh bien ! mon ami , finissons : songe à ce que tu m’as dit si souvent , que jamais il n’y auroit de querelle dans notre ménage; voudrois-tu manquer à ta promesse dès la veille? Je ne l’ai pas mérité; j’ai fait pour toi tout ce que j’ai pu faire; tu desirois mon portrait , je te l’ai donné avec autant de plaisir que tu m’en as marqué en le recevant. Tu l’as, garde-le; n’en parlons plus, et je te souhaite le bon soit.
( Elle veut s* en aller , Arlequin la retient, )
Ma bonne amie...
ROSETTE
Eh bien?
ARLEQUIN
Il est possible que l’amour, le bonheur de vous épouser demain , me troublent la cervelle: si cela est, vous devez avoir pitié du mal que vous m’avez fait. Redites-moi donc par amitié , par complaisance, dans quel endroit, quand et comment vous avez eu tant de plaisir à me donner ce portrait.
ROSETTE
Ici, il n’y a pas un quart d’heure : je revenois de chez le peintre, je t’ai trouvé frappant à ma porte ; je t’ai. . .
ARLEQUIN
Moi , je frappois à votre porte ?
rosette.
Sans doute. Je r’ai donné la boîte où êroit le portrait; et comme tu m’avois dit que ton maître te refusoit ce qu’il te doit , j’ai mis dans la boîte le peu d’argent que je possédons.
ARLEQUIN
Comment ! vous avez mis de l’argeac dans la boîte ?
ROSETTE
Oui, mon ami : en serois-tu fâché ?
ARLEQUIN
Ni fâché ni bien-aise; cela ne fait rien à la ressemblance. Ensuite ?
ROSETTE
Ensuite , voilà tout.
ARLEQUIN
Et tout cela est vrai ?
ROSETTE, émue .
Comment 1 si cela est vrai I
ARLEQUIN
Et où f ai-je mise cette boîte?
ROSETTE
Je l’ai laissée dans vos mains. Auriezvous le projet de rompre avec moi , en me niant tout ce que je viens de dire ?
ARLEQUIN , cherchant dans s cl poche.
Oh! non, ma bonne amie: oh! mon
i8o LES JUMEAUX, dieu , non. Je t’aime trop pour ne pas te croire plus que je ne me crois moi-même. C’est singulier; voilà tout.
ROSETTE, un peu émue .
Quoi! vous ne vous souvenez pas...»
Si fait , si fait , ma bonne amie , je m’en ressouviens à présent, je m’en ressouviens à merveille. Je vous remercie de votre complaisance , et ( il soupire . ) du portrait que vous m’avez donné; je oe le perdrai pas , c’est bien sûr.
ROSETTE
En vérité , mon ami , je crois que ta tête est un peu troublée : mais cela ne peut me déplaire, et je souhaite de ne te voir jamais plus sage. Adieu, mon ami; il fait nuit tout -à -fait, je me retire. A demain; tu ne l’oublieras pas, j’espere?
ARLEQUIN
Non , sans doute ; et je vous réponds de ne pas me faire attendre. ( Elle rentre che\ elle : il fuit nuit tout-à-fait,
KK
SCENS