SCENE IX
ne le voulez pas; mais je vous prie seulement de reprendre votre billet.
ARGENTINE
C’est vous qui l’avez P Mais ce malheureux billet court le monde. Attendez, je descends.
ARLEQUIN
Ah! je commence à reprendre un peu d’espoir. Je n’ai rien à me reprocher , ye l’aime, je l’ai toujours aimée, elle m’a aimé; quand on consent à écouter quelqu’un qu’on a aimé et qui nous aime , c’est qu’on a envie de le croire..» La voilà.
ARGENTINE
Souvenez - Vous que je ne veux point d’explication sur le passé. Dites-moi seulement comment il se fait que vous avez mon billet.
ARLEQUIN
Tenez, le voilà : il est bien à moi, il fait toute mon espérance et tout mon bonheur; mais comme le bonheur ne vaut rien quand on est heureux sans votre permission, je vous le rendrai, si vous ne con sentez pas que je le garde.
a; S LES DEUX BILLETS.
ARGENTINE
Non, assurément, je n’y consentirai pas. ( Elle prend le billet.) Vous en avez usé d’une maniéré si indigne ! aller sacrifier mon billet à une autre femme l
Une autre femme ? Ah ! mon cœur m’est témoin qu’il n’y a pour moi qu’une femme dans le monde; et quand je prends mon cœur à témoin , c’est tout comme si je vous prenois vous-même.
ARGENTINE
Mais enfin, hier je vous envoyai ce billet, et aujourd’hui Scapin me l’a rapporté.
ARLEQUIN
Scapin vous l’a rapporté? Voyez le coquin ! il m’a dit que c’étoit vous qui le lui aviez donné. Je suis sûr à présent qu'il me l’a volé.
ARGENTINE, a part .
Scapin en est bien capable. Ah ! que je voudrois qu’il dit vrai !
ARLEQUIN
Mais songez donc qu’il y a deux ans que
jamais que toi, et dès ce soir nous serons epoux.
Vous me raimez ! Ah ! quelle joie ! ( II lui baife la main.) Tiens, ma bonne amie, ne me le répété plus, il m’arriveroit encore quelque malheur. Laisse-moi te regarder, je le verrai bien sans que tu me le dises.
Va, ton bonheur est certain, du moins tant que mon cœur suffira.
ARLEQUIN
Ah ! comme il y a long-temps que tu n’as parlé comme cela ! Écoute, fais-moi le plaisir de me dire comment il y a là. ( Il lui montre la lettre. )
ARGENTINE
Je t’aime.
ARLEQUIN, (Laufs.)
Hé! comment dis-tu ?
ARGENTINE
Je t’aime.
ARLEQUIN
Voyons, que je lise aussi, moi. Je je, (Il épele . ) ta taime, aime, t’aime, je t’aime , je t’aime. ... Ce mot-là est trop court , je voudrois qu’il tînt tout l’alphabet.
ARGENTINE
Je te le dirai toute ma vie : mais laissemoi m’occuper de te faire rendre le billet qu’il t’a volé.
ARLEQUIN
Quoi ? quel billet ?
Ton billet de loterie.
ARLEQUIN
Oh! non, ma bonne amie, le marché est fait; tiens, n’en parlons plus : il voudroit peut-être revenir là-dessus et ravoir celui-ci. Non, non, tout est fini; tu m’aimes».. Ma fortune est faite.
ARGENTIN E
St.... j’entends Scapin. Cache-toi dans notre maison, et ner. sors que lorsque je t’appellerai.
je vous aime ; que vous m’avez toujours vu le même. Croyez-vous que j’aurois pu me déguiser si long-temps ? Ma bonne amie.... (Argentine le regarde.') mademoiselle, pardonnez-moi d’avoir été volé.
ARGENTINE
Mais comment se fait-il que vous avez ce billet ? Qui vous l’a donné ?
ARLEQUIN
La loterie.
ARGENTINE
La loterie ! Est-ce que l’on a mis mon billet à loterie ? Scapin l’avoit tout-àl’heure; il vous l’a donc rendu?
ARLEQUIN
Non pas rendu, mais vendu.
Expliquez-vous.
arlequin.
Tenez, il faut tout vous dire : j’avois gagné ce matin un terne de six francs à la loterie. . .
argentine.
Un terne de six francs î Cela fait une somme prodigieuse.
ARLEQUIN
Oui , ils disent que cela fait beaucoup d’argent. Heureusement je n’étois pas encore payé} Scapin, voyant que je me dé- «olois, m’a proposé de troquer mon billet de loterie contre votre billet.
ARGENTINE
Et tu l’as fait?
ARLEQUIN
J’aurois encore donné du retour, s’il m’en avoir demandé.
ARGENTINE V embrajfe .
Mon cher ami, va, tu es innocent : je t’aimerai toute ma vie ; ce dernier trait me fait sentir ce que tu vaux.
Comment diable! vous estimez donc bien les gens qui font de bons marchés.
ARGENTINE
Je te demande pardon de ne pas t’avoir connu : garde mon billet; je te répété, je te jure que je t’aime, que je n’aimerai