SCENE VI
ARLEQUIN, ARGENTINE
( Arlequin airive avec un petit tambour d'enfant a la ceinture , fur lequel il bat d'une main; de Vautre il joue d’une petite trom~ pette de bois. Il fait deux ou trois fois l» tour du théâtre .)
LES DEUX ENFANTS , courant apr}s lui.
papa, papa, c’est pour nous?
ARLEQUIN, à sa femme.
Veux -tu danser une contre -danse à quatre ?
ARGÊNTINE.
Non , mon ami.
ARLEQUIN, à son aine'.
Tiens , le tambour est pour toi , la trompette pour ton frere.
LES DEUX ENFANTS, l’embrassant .
Bien obligé, mon papa. (Ils se retirent m fond du théâtre , où ils ont l’air de tro-
qner teurs joujoux t tant qu* Arlequin cause avec sa femme. )
ARLEQUIN, h sa femme , en lui don nant un sac d'argent.
Tiens , voilà pour toi ; car il faut bien t’apporter aussi quelque chose } tu es le plus grand enfant de la maison.
ARGENTINE
Qu*est-cc que cela, mon ami?
ARLEQUIN
Ce sont ces cinquante écus que nous prêtâmes à ce pauvre homme que l’on alloit arrêter pour ses dettes : il a travaillé pour gagner cet argent-là pendant le temps qu’il auroit passé en prison à ne rien faire ; de sorte qu’il est quitte avec nous , avec son créancier : nous avons fait une bonne aélion , et personne n’y a rien perdu que le geôlier.
ARGENTINE, prenant le sac.
A te dire le vrai je n’y comptois guere. ARLEQUIN.
En ce cas -là, serre- les pour les prêter à un autre. J’ai encore été chez.... ( Les enfants font du bruit avec leur tambour.) Taisez-vous donc, vous autres j on
LE BON MÉNAGE ne s’entend pas. J’ai été chez ta cousine : die se plaint de toi*, elle dit qu’on ne te voit jamais, que tu es toujours renfermée avec tes enfants ou ton mari , que tu ne penses à rien dans le monde qu'à tes enfants et à ton mari : il faut convenir qu’elle a raison; je suis juste, moi. ( Le bruit redouble . ) Mais voilà des enfants bien bruyants !
Pardi, pour les faire jouer doucement tu leur apportes un tambour et une trompette. ( Les enfants continuent. )
ARLEQUIN, aux enfants.
Allez-vous-en battre la générale de l’autre côté.
( Les enfants s'en vont. )