SCENE X V I î. tf
et elle dit que vous seul pouvez la consôler.
ARLEQUIN, les repoussant tout doucement.
Laissez-moi , laissez-moi.
l’aîn é.
Ah! mon frere > comVne il a du chagrin ! ( Ils se retirent tous deux au fond du théâtre y et y restent pendant toute la scène d’ Arlequin et de sa femme. )
ARLEQUIN
Madame , vous êtes fâchée de me revoir; je le suis plus que vous : mais, comme j’ai le projet de vous oublier entièrement, je viens vous rendre tout ce qui pourroit me rappeller que nous nous sommes aimés. ( Il déboutonne son habit , et ouvre un petit sac qui lui pend au cou.) Tout est dans ce petit sac; je l’avois mis là, ( Il montre son cœur.) pour que tout ce que nous nous étions donné fût ensemble. Je vais vuider le sac devant vous, afin que vous n’imaginiez pas que je garde quelque chose.
{Il tire un portrait.) Voici d’abord votra
LE BON MÉNAGE
portrait : il n’a pas changé comme vous; il est toujours joli; il vous ressembloit encore ce matin, mais il ne vous ressemble plus. Le voilà, madame. ( II le pose sur une table y et tire un papier plié.) Voici le premier billet que vous m’avez écrit, que Scapin me vola, et que j’eus le bonheur de rattraper. Le voilà, madame, je vous le rends; je n'aime pas à vivre avec les menteurs. ( Il tire un bouquet flétri.) Voici encore un vieux bouquet de violettes que je vous donnai le premier jour où je vous fis ma déclaration. Après l’avoir porté toute la journée, vous le jettâtes le soir; j’allai le ramasser. . . Tenez , il sent encore bon . . . Je n’aurois jamais cru que ces violettes-là dureroient plus que votre amour.
Les voilà , madame. ( Il lui montre le sac. ) Il n’y a plus rien ; regardez. Ce petit sac , qui avoit été des années à se remplir , s’est vuidé dans une minute. J’ai tout rendu. Àh ! diable! j’oubliois ce qui doit vous être le plus cher.... la lettre de M. Lélio , et puis encore un contrat que mademoiselle Rosalba vient de me donner ; car c’est sûrement pour vous,“üe contrat-là?