‹ Théâtre italien (volume 2)Chapitre 46 sur 114 · S C E N E XVII · texte numérisé non relu

S C E N E XVII

ARGENTINE

Non ; il est à vous.

ARLEQUIN

A moi ! Qu’est-ce que cela veut* dire?

ARGENTINE

Je vais vous l’expliquer, quoique ce ne soit pas le moment. Mademoiselle llosalba a voulu me donner ce matin quinze mille francs; je lui ai demandé que ce don fût pour vous seul : c’est le contrat que vous tenez.

ARLEQUIN , jettant le contrat.

Je n’en veux point. Avez-vous imaginé que je recevrois d’une main les lettres de M,. Lélio, et de l’autre des présents pour me consoler? Avez-vous cru me dédommager avec de l’argent de votre cœur que vous m’avez ôté? Non, madame, non; personne n’est assez riche pour me payer ce que vous m’avez volé.

ARGENTINE

Mon cœur est toujours à vous; il n’a pas cessé d’être à vous. Je ne peux pas en dire davantage ; mais vous devriez me deviner.

S* LE BON MÉNAGE

ARLEQUIN

Vous deviner ! cela étoit bon quand nous nous aimions : ce n’est que dans ce temps-là qu’on se devine.

ARGENTINE

Voulez-vous m’écouter un seul moment?

ARLEQUIN

Oh ! parlez; votre ami, M. Lélio, s*est donné la peine d’écrire ma réponse à tout ce que vous direz.

ARGENTINE

Une femme assez malheureuse pour tromper son mari n’en vient pas au dernier crime sans lui avoir donné des sujets de plaintes moins graves : ce n’est qu’à force de négliger ses devoirs qu’elle parvient à les oublier. Si j’étois capable de vous avoir trahi, avant d’en aimer un autre, j’aurois cessé de t’aimer toi - même , j’aurois re^ poussé ta tendresse, j’aurois cherché à te refroidir. Et , réponds-moi , as-ty jamais remarqué la moindre diminution dans mon amour pour toi, dans mon désir de te plaire, dans mon chagrin de te quitter*

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