‹ Théâtre italien (volume 2)Chapitre 58 sur 114 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

sida tout ce qui aura l’air de lui plaire. Je paierai tout, je suis riche , et je ne trouve bien employé que l’argent dépensé pour ma fille. Avoue que j’ai raison , et que ma Nisida est charmante. . .

NÉRINE

Tout le monde n’a qu’m avis là-dessus.

ARLEQUIN

C’est qu’elle ressemble à sa mere , ma pauvre Argentine , que j’ai tant pleurée. Hélas! après vingt ans de mariage, je l’ai perdue au moment où je fis ma grande fortune. Nous n’avions jamais eu qu’une seule querelle , encore étoit-ce moi qui avoit tort. Tiens, voilà son portrait, voilà tout ce qui m’en reste... Ah! Nérine, ne te marie jamais vil est si affreux de s’aimer et de mourir l’un après l’autre!

NÉRINE

Allons, monsieur, pourquoi vous affliger ?...

ARLEQUIN, pleurant.

Ce n’est pas s’affliger que de pleurer ceux que l’on regrette i au contraire , Nérine, j’ai du plaisir à me rappeller ma femme et mes deux petits garçons. Comme j’étois heureux quand ils vivoient! Nous n’étions pas riches»

io8 L E BON PERE.

mais nous avions la paix, la joie et l’amour: avec cela, on ne manque pas de grand* chose. Kélas ! ils ont tout emporté.

Comment pouvez -vous oublier ce qui vous reste? L’estime générale, une grande fortune, des amis, une fille unique dont vous devez être fier, tout vous assure une vieillesse douce et honorable. Mademoiselle Nisida ne tardera guere à se marier; elle sera heureuse , car vous êtes assez riche pour lui laisser choisir un époux selon son cœur. Votre gendre , votre fille , vos petitsenfants vous béniront, vous soigneront; vous serez au milieu d’eux le point de réu-^ nion de leur bonheur et de leur tendresse. Allez, allez, monsieur, c’est peut-être le plus doux moment de la vie; et je crois qu’un vieillard entouré de ceux qu’il a comblés de biens, a cent fois plus de vrai$ plaisirs que le plus heureux jeune homme.

J’espere que tu. as raison : d’ailleurs, je dis tous les jours que les pleurs ne servent de rien. Aujourd’hui, il ne m’est pas permis d’être triste; parlons de ma fille. Je voudrais bien pouvoir trouver

quelque

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