A R LE QU IN, CLÉANTE
ARLEQUIN
«A.rrive donc , mon ami, j’ai tout plein, de choses à te dicter ; mets-toi là , et écris ce que je vais te dire.
CLÉANTE, s'assied.
Quand vous voudrez, monsieur.
Mon ami , ce sont des couplets que j’ai faits pour la fête de ce soir; ils ne sont pas encore finis, mais il faut toujours les écrire , parce que je n’ai point de mémoire , et mes vers m’échappent. . . avant d’être faits. Allons , prends du grand papier , le plus grand, et écris : Couplets à ma fille, le jour de sa fête.
CLÉANTE, écrivant .
Le jour de sa fête.
ARLEQUIN
Ma fille. • • U %
ii* LEBON P ER Eo
Ne faut-il pas écrire d’abord sur quel air vous les avez faits ?
ARLEQUIN
Sur quel air ?
Oui, monsieur.
ARLEQUIN
L’air ne me regarde pas; je ne me charge que des paroles.
Mais puisque vous voulez que ces paroles se chantent j vous les avez faites sur un air;*
Non, en vérité, je n’y ai pas songé.
Cela est pourtant nécessaire.
ARLEQUIN
Oh bien ! tu feras l'air , toi , quand j’aurai fait les paroles; je ne peux pas tout faire.
S C E N E I v. II|
CLÉANTK, relit.
Couplets à ma fille, le jour de sa fête» ARLEQUIN.
Fort bien; écris à présent: Ma fille... C L É A N T E.
Ma fille....
ARLEQUIN
As -tu mis?
Oui, monsieur.
ARLEQUIN
Un moment.. . Tu as mis. Ma fille ?
Oui , monsieur.
ARLEQUIN, rêvant.
C’est très-bien. ..Mets une virgule. J’attends, monsieur.
ARLEQUIN
Moi aussi, j’attends; et rien ne vient.
tï4 LE BON PERE,
Comment ?
ARLEQUIN
Sans doute, je n’ai fait que cela encore.
Vous n’êtes pas très-avancé.
ARLEQUIN
J8ai toujours mon commencement..-.
Tu devrois bien m’aider un peu.
Vous avez trop de sensibilité > vous aimez ttop mademoiselle Nisida, pour avoir besoin d’un aide ; il est si facile de la louer ! dites - moi ce que vous pensez pour elle, je l’écrirai ; les vers s’arrangeront d’eux-mêmes.
ARLEQUIN
Je crois que tu dis vrai: voyons; je voudrois lui faire un petit compliment sur sa figure , ses qualités , son esprit. . . que cela fût tourné. . . d’une maniéré gentille , avec un peu.. . Charge-toi de mettre des rimes à ces vers-là.
C L É A N T E , rêvant .
Je vous entends bien.
ARLEQUIN
Tu entends bien; voilà mon premier couplet.
C L É A N T E écrit .
Il est écrit.
ARLEQUIN
Fort bien; à présent > je m’en vais faire le second. Écris ces vers-ci : Que ce n’est pas à son pere à la louer , mais que tout le monde parleroit comme son pere... et rime toujours au moins.
Il le faut bien. ( Il rêve et écrit. ) C’est écrit , monsieur.
ARLEQUIN
Me conseilles-tu d’en faire encore un?