‹ Théâtre italien (volume 2)Chapitre 61 sur 114 · A R LE QU IN, CLÉANTE · texte numérisé non relu

A R LE QU IN, CLÉANTE

ARLEQUIN

«A.rrive donc , mon ami, j’ai tout plein, de choses à te dicter ; mets-toi là , et écris ce que je vais te dire.

CLÉANTE, s'assied.

Quand vous voudrez, monsieur.

Mon ami , ce sont des couplets que j’ai faits pour la fête de ce soir; ils ne sont pas encore finis, mais il faut toujours les écrire , parce que je n’ai point de mémoire , et mes vers m’échappent. . . avant d’être faits. Allons , prends du grand papier , le plus grand, et écris : Couplets à ma fille, le jour de sa fête.

CLÉANTE, écrivant .

Le jour de sa fête.

ARLEQUIN

Ma fille. • • U %

ii* LEBON P ER Eo

Ne faut-il pas écrire d’abord sur quel air vous les avez faits ?

ARLEQUIN

Sur quel air ?

Oui, monsieur.

ARLEQUIN

L’air ne me regarde pas; je ne me charge que des paroles.

Mais puisque vous voulez que ces paroles se chantent j vous les avez faites sur un air;*

Non, en vérité, je n’y ai pas songé.

Cela est pourtant nécessaire.

ARLEQUIN

Oh bien ! tu feras l'air , toi , quand j’aurai fait les paroles; je ne peux pas tout faire.

S C E N E I v. II|

CLÉANTK, relit.

Couplets à ma fille, le jour de sa fête» ARLEQUIN.

Fort bien; écris à présent: Ma fille... C L É A N T E.

Ma fille....

ARLEQUIN

As -tu mis?

Oui, monsieur.

ARLEQUIN

Un moment.. . Tu as mis. Ma fille ?

Oui , monsieur.

ARLEQUIN, rêvant.

C’est très-bien. ..Mets une virgule. J’attends, monsieur.

ARLEQUIN

Moi aussi, j’attends; et rien ne vient.

tï4 LE BON PERE,

Comment ?

ARLEQUIN

Sans doute, je n’ai fait que cela encore.

Vous n’êtes pas très-avancé.

ARLEQUIN

J8ai toujours mon commencement..-.

Tu devrois bien m’aider un peu.

Vous avez trop de sensibilité > vous aimez ttop mademoiselle Nisida, pour avoir besoin d’un aide ; il est si facile de la louer ! dites - moi ce que vous pensez pour elle, je l’écrirai ; les vers s’arrangeront d’eux-mêmes.

ARLEQUIN

Je crois que tu dis vrai: voyons; je voudrois lui faire un petit compliment sur sa figure , ses qualités , son esprit. . . que cela fût tourné. . . d’une maniéré gentille , avec un peu.. . Charge-toi de mettre des rimes à ces vers-là.

C L É A N T E , rêvant .

Je vous entends bien.

ARLEQUIN

Tu entends bien; voilà mon premier couplet.

C L É A N T E écrit .

Il est écrit.

ARLEQUIN

Fort bien; à présent > je m’en vais faire le second. Écris ces vers-ci : Que ce n’est pas à son pere à la louer , mais que tout le monde parleroit comme son pere... et rime toujours au moins.

Il le faut bien. ( Il rêve et écrit. ) C’est écrit , monsieur.

ARLEQUIN

Me conseilles-tu d’en faire encore un?

Page 1