A R L E Q U IN
Au contraire, je t’ai voué la plus tendre amitié; je ne sais même comment je ferai pour me passer de ta société : ton esprit, ton travail me sont agréables et nécessaires; je t’estime, je t’aime, je sens mieux que personne tout ce que tu vaux; mais, quo1 qu’il puisse m’en coûter , il faut, mon cher ami, que tu t’en ailles.
Ai-je offensé quelqu’un dans votre mai* 6on ? vous a-t-on fait quelque plainte ?
ARLEQUIN
Pour cela, il s*en faut bien; tu es doux, serviable, toujours prêt à obliger; tu n’as de querelle avec personne que pour leur éviter de la peine; aussi tout le monde s’intéresse à toi , tout le monde t’estime et te chérit : hélas ! c’est à cause de cela qu’il faut que tu t’en ailles.
24» LEBONPERE.
Permettez-moi de vous représenter, monsieur, que tout ce que vous me dites a l’air de la plus cruelle ironie. Vous êtes le maître de me faire quitter votre maison ; mais pourquoi m’insulter en me rendant malheureux ? Mon respect , ma tendresse pour vous ne méritoient pas ce traitement , et je ne devois pas m’attendre...
ARLEQUIN
Moi , t’insulter ! mon cher ami , comment peux -tu l’imaginer ? Je te répété que je t’estime comme moi-même , que je donnerois la moitié de mon bien pour passer ma vie avec toi, que tu m’as inspiré, dès le premier jour où je t’ai vu , une amitié , un attachement qui m’arrachent des larmes dans ce moment-ci, parce qu’enfin il faut
que tu t’en ailles, vois-tu - il le faut
absolument. J’en pleure, mais il le faut: laisse-moi t’embrasser pour la derniere fois, (J/ V embrasse en sanglottant.') Adieu, mon ami , mon bon ami, je te regretterai toute ma vie ; mais va-t’en le plutôt que tu pourras. Adieu , adieu : compte sur moi pour toujours ; mais que je ne te revoie plust (1/ sort en pleurant .)