ROSETTE, ARLEQUIN
ROSETTE
Bon jour, mon ami; je t’attendois avec impatience : jamais je ne me suis tant ennuyée qu aujourd’hui; c’est sans doute parce que je dois t’épouser demain , et que la veille d’un beau jour est bien longue.
ARLEQUIN
Je suis comme toi : ma bonne amie.
J’ai beau écouter l’horloge à toutes les minutes , il ne sonne que toutes les heures; et quand nous sommes ensemble , ce drôle-là sonne les heures à toutes les minutes.
ROSETTE
J’espere que notre mariage ne réglera pas cette horloge.
ARLEQUIN
Que tiens-tu là? Voyons, montre vite:
je suis pressé. Pour qui cela ?
ROSETTE
C’estpour toi ; car c’est moi.
i<4 LES Jü ME A U X.
ARLEQUIN j regardant le portrait.
Comment! Oui, c’est toi; tu es la, ( il montre le portrait ; ) tu es là , ( il montre Rosette) tu es ici , (iZ montre son canirj} tu es par-tout : je ne m’étonne plus si je te vois par-tout.
ROSETTE
Mon ami , depuis long-temps je t’ai donné mon cœur; aujourd’hui voilà mon portrait, et demain je serai ta femme.
ARLEQUIN, regardant le portrait.
Qu’il est joli! C’est un peintre qui a fait cela , ma bonne amie : j’en suis fâché : il est sûrement amoureux de toi» ce peintre- là; car il faut regarder quelqu’un le peindre. Oh ! c’est bien toi. ( Il Ze baise. ) Plus je l’embrasse, plus j’ai envie ^embrasser. . . Mais non , je dois t’épouser demain ; je n’ai jamais volé personne, il ne faut pas commencer par moi. (1/ veut mettre le portrait dans sa poche.)
ROSETTE
Rends-moi ce portrait, mon ami; le peintre m’a demandé d’y retoucher encore; c’est l’affaire d’un moment : si to veux venir avec moi, tu l’emporteras
goût de sui£e«