ACTE III, SCENE VIII. 57 procher votre fortune et votre bonheur
J’ai voulu vous rendre moi-même cette promesse que ma sœur eut la foiblesse d’accepter; j’ai voulu briser de ma main tous les liens qui nous attaehoient l’un à l’autre; vous êtes libre, etvous serez heureux : je vous estime assez peu pour en être sûr.
LE MARQUIS, à part .
Quel langage! et je l’ai mérité.
COLIN. ,
Vous craignez de rougir en reprenant ce papier ? Vous n’avez pourtant pas rougi , Jorsqu’avec un air de franchise et de tendresse, ici , à cette même place , vous nous demandiez pardon ; vous parliez à ma sœur de mariage et d’amour, tandis que vous aviez tout conclu pour en épouser une autre demain. Allez : l’homme capable d’une ruseaufïi indigne doit tirer vanité den'être ému de rien: osez me regarder, c’est à moi de rougir.
LE MARQUIS après une pause .
Oui, vous avez raison. J’ai pu vous cacher un mariage. .. qui ne se seroit pas fait; il est juste que j’en sois puni. Rendez*-
5S JEANNOT ET COLIN, moi cette promesse ; ( II la prend.) c’est le seul bien qui me reste: mais j’en suis indigne, il faut y renoncer. Il la déchire. ) Allez, abandonnez un malheureux qui ne mérite que votre mépris. Mais hâtez-vous de l’abandonner: si vous saviez combien il est à plaindre, peut-être.. .
COLIN
Vous, à plaindre! Et tout succédé à vos vœux : vous époufez , dit-on, une femme de qualité dont le crédit doit vous porter au comble des honneurs ; vous jouissez d’une fortune immense; votre mere vous idolâtre; tout ce qui vous entoure n’est occupé que de vous plaire; rien ne peut altérer tant de bonheur. Le seul souvenir d’un ami et d’une maîtresse que vous avez trompés, pourroit vous importuner dans vos plaisirs : mais vous n entendrez jamais parler d’eux; et dans la classe où vous allez monter , on oublie aifément les malheureux qu’on a faits.
C’en est trop, Colin; refpeétez mon mal- Leur : apprenez...