LE MARQUIS , COLIN, COLLETTE
CO L E T T E , accourant.
A H ! mon frere , ils ont perdu tous leurs biens; vous l’ignorez, & j’accours pour vous empêcher d’infulter à leur infortune,
COLIN
Comment, ma sœur? Expliquez-vous.
COLETTE
Leur malheur est déjà public : un pro» cès les a dépouillés de toutes leurs richesses; ils sont réduits à la plus affreuse indigence.
LE MARQUTS.
Oui; et je regrette peu tout ce que j’ai perdu : mon plus grand malheur , celui qui me touche le plus, c’est que vous me croyiez coupable; et j’ai trop d’intérêt à vous paroître innocent pour que j’ose me justifier.
COLETTE
Vous justifier! Croyez-moi , épargnez-
6o JEANNOT ET COLIN*, vous ce soin : on ne trompe qu’une fois celle qui ne méritoit pas d’être trompée. Mais vous êtes malheureux, je viens supplier mon frere de vous secourir. Oui, mon frere , il n’a offensé que moi ; il n’a manqué qu’à l’amour, l’amitié doit l’ignorer. Tu serois cent fois plus coupable que lui si tu l’abandonnois ; car il me restoic mon frere, 8c que lui restera - t-il? Sa maison est déjà déserte; tout le monde le fuit. Mon frere, tu seras son ap;pui, tu le tireras de l’infortune ; et mon cœur te paiera de tes bienfaits, en ajoutant à ma tendresse pour toi toute celle que j’avois pour lui.
LE MARQUIS
Colette , vous déchirez mon cœur ec vous l’enflammez. Non, je ne vous ai pas trompée; dès l’instant où je vous ai vue j’étois résolu de rompre ce mariage. Si je vous l’ai caché ; c’étoit pour ne pas paroître si coupable ; c’étoit pourjne pas vous affliger.
COLETTE
Si vous aviez jamais aimé , vous sauriez que la plus affreufe nouvelle n’afflige pas autant que le plus léger manque de confiance.