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LE MARQUIS, COLIN, COLETTE , LA MARQUISE

LA MARQUISE

IVÏon fils, tout eft perdu : je viens de chez un ingrat qui me doit tout; il n’a pas même voulu me recevoir. Que devenir? Il ne me refte plus rien sur la terre.

COLIN

Ah! madame, pourquoi oubliez-vous qu’il vous reste Colin? Ma sœur et moi nous avons éprouvé aujourd’hui une douleur plus vive que celle qui vous acca-

ACTE III, SCENE X. 6; ble : vous ne perdrez que votre fortune, et nous avons craint d’avoir perdu nos amis. C’est à vous, madame, à nous prouver notre injustice, c’est à" vous à consoler nos cœurs en acceptant tout ce que nous possédons.

LE MARQUIS

J’en étois sûr. Colin. Oui, ma mere, voilà votre ami, votre bienfaiteur; c’est à lui que mon cœur vous confie : quant à moi, il m’est impossible de partager le bonheur que vous promet son amitié.

LA MARQUISE

Qu’entends-je , mon fils ? Tu veux me quitter ?

LE MARQUIS, montrant Colette ,

Elle ne m’aime plus ; elle croit que je l’ai trompée.

LA MARQUISE

Vous , Colette ! Et c’est pour vous seule qu’il osoit me désobéir; c’est pour vous...

COLETTE

N’achevez - pas , c’est lui que je veux croire. Oui, je suis sûre de ton cœur: et je ne te rends pas le mien; jamais je n’ai

<4 JEANNOT ET COLIN, pu te l’ôter. Ta Colette est aujourd’hui bien plus heureuse que toi, puisque c’est elle enfin qui fera ton bonheur.

( Le marquis tombe a ses pieds , & se retourna vers Colin .)

LE MARQUIS

Et toi, es-tu mon frere?

COLIN, V embrasse.

Il y a long-temps, (a Ici marquise.) Ma* dame, nous étions destinés à ne faire qu’une famille; souffrez que votre fils épouse ma sœur , et que tout mon bien lui serve de dot.

LA MARQUISE

Ah! Colin, quelle vengeance ! et com^ bien vous êtes au-dessus de moi !

Vous vous trompez, puisque c’est vous qui êtes malheureuse.

LE MARQUIS

Eh! ma mere, dites donc bien vîte que vous me donnez à Colette.

LA MARQUISE

Hélas ! mes enfants , c’est moi qui me donne à vous. Mais comment pourrai-je réparer jamais .

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