‹ Théâtre italienChapitre 47 sur 116 · HÉRO · texte numérisé non relu

HÉRO

El N F i n la nuit étend ses voiles sur toute la nature. Mon cher Léandre, voici l’heure où, n’écoutant que ton amour & ton courage, tu vas t'élancer dans les -flots ; et sans autre guide que ce fanal que je viens d’allumer pour toi, tes robustes bras fendront les ondes, et te porteront dans ceux de ta bien-aimée.

( Elle regarde le ciel et la mer , et reste un moment plongée dans la rêverie . ) Avec quelle douce volupté je considéré ce calme profond ! Comme la mer est paisible ! Comme l'air est pur ! Zéphyr e même

70 HÊRQ ET LÉ ANDRE, n’ose l’agiter : tout se tait, tout est tranquille. O mon ami! tu ne dois entendre que la voix plaintive des alcyons, et le murmure des flots qui cedent à tes efforts; la lune bienfaisante te prête toute sa lumière; l’onde, en la réfléchissant, semble vouloir la doubler. .. Ah ! toute la nature doit s’intéreffer à l’amant qui expose sa vie pour voir sa maîtresse.

( Elle se promene avec l'air agité. )

Je ne sais quelle terreur secrete se glisse malgré moi dans mon sein. Cher Léandre, ne viens pas aujourd’hui... Ne viens jamais , si tu risques de perdre le jour. Cette mer est si fatale ! Helléî la malheureuse Hellé, trouva la mort dans ses flots : le belier doré put à peine sauver son frere. ... Tu n’as rien toi, que mes vœux et ton

courage . S’il arrivoit . Mais non»

l’Amour , tous les dieux doivent veiller sur toi.

( j Elle s'adresse a la Lune. )

Belle Phœbé, ne quitte pas les deux* éclaire la route dangereuse que mon amant doit parcourir , montre-lui tous les écueils , fais-lui voir toujours la terre, ne souffre pas que le moindre nuage te dérobe un

MONOLOGUE LYRIQUE. 71 moment à ses yeux; souviens-toi des peines que te causa l’amour, et sauve un amant aussi fidele, aussi tendre que l’étoit Endymion,

( Elle écoute avec attention ; et dit apres unt grande pause : )

J’ai cru l’entendre; et ce n’est qu’une vague qui a fait palpiter mon coeur.

( Avec passion. )

O mon ami! redouble tes efforts; que le feu qui te consume te rende insensible au froid de l’onde. Hâte-toi de sortie de cet élément perfide , viens rassurer ton épouse éperdue , viens la presser dans tes bras.... Je crois te voir; oui, je te vois; tu fends les flots avec vitesse , tu laisses loin derrière toi un long sillon qui bouillonne; les yeux toujours fixés sur ce fanal , tu reprends des forces à mesure que l tu t’en approches : les astres , les étoiles > j guides ordinaires du nautonnier , n’existent point pour toi; ton seul astre, c’est ce flambeau, tu ne vois que lui dans le ciel, tu ne.connois que moi sur la terre» et l’univers se réduit pour toi à la seule Si tour que j’habite.

( Avec inquiétude. )

Mais l’amour égare mes sens. Léandre

ne vient point : je n* apperçois rien sur les flots. Peut-être n’est-il pas aussi tard que je l’imagine^ je me suis trompée moimême j j’ai cru qu’il arriveroit plus vite en allumant plutôt le flambeau.

( Elle retourne vers la mer i regarde et écoute attentivement . )

■ JT '

Cependant il me semble qu’il n’a jamais tardé si long-temps. J’ai déjà calculé cent fois l’instant de son départ , la durée de son trajet , il devroit être ici.... Encore si la mer étoit agitée, je pourrois croire que la frayeur l’a retenu.... Peut-être n’est-il point parti.... peut-être de nouvelles amours.... Ah ! Léandrë ^ pardonne ; j’ose douter de ton cœur : ah! que le moindre vent vienne troubler les eaux, et je n’accuserai plus que Neptune.

( Avec colere. )

Pourquoi faut-il que nous , qui n’avons qu’une ame, nous ayons deux patries? De quoi nous sert d’être si près l’un de l’autre si nous sommes toujours séparés? Oui, j’aimerois mieux que l’univers entier fût entre nous deux.

L’horizon

MONOLOGUE LYRIQUE n

( L’horiion commence a se couvrir de nuages % et la Lune s’obscurcit. )

Mais le ciel devient plus sombre, Iâ lune semble vouloir cacher sa tremblante lumière , mon cœur se serre... et si la tempête.... Éloignons de funestes idées...* Je me trompe, sans doute; la frayeur me fait voir des nuages qui n’existent point ; j’ai si souvent éprouvé que loin de mon amant le ciel ne m'a jamais paru beau !

( La tempête commence et va toujours en augmentant. )

Qu*entends&je! non, ce ri’est poinr une illusion , un bruit sourd semble sortir de l’abîme, il s’avance avec les ténèbres, il devient éclatant, la mer s’agite, les vents commencent à mugir, ils vont se déchaîner sur les vagues déjà blanchies...

( Avec V accent de la douleur et de l’effroi. }

Dieux tout-puiflants..! les forces m’abandonnent; chaque éclair , chaque coup de tonnerre porte la mort dans mon cœur...* Malheureuse...! il sera parti.... il sera parti.. ..

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