‹ ThéâtreChapitre 120 sur 220 · BERTRAND, LUCINDE, PERRETTE · texte numérisé non relu

BERTRAND, LUCINDE, PERRETTE

BERTRAND

iN ON, mordienne! vous dis-je, je ne me laisserai pas enjôler davantage.

LtrCISDE.

Eh I mon pauvre garçon 1

BERTRAND

Je n'en ferai rian.

PERRETTE

Auras-tu le cœur si dur, que. ..

BERTRAND

Je l'aurai dur comme un caillou.

Laissez-nous ici seulement jusqu'à ce soir.

Je ne vous y laisserai pas un iota davantage , ventregoine 1 Si quelqu'un vous alloit trouver eufarmécs dans ma logette, et que diroit-on ?

PERRETTE

Aidez 1 ce qu'on en diroit seroit-il tant à ton désavantage?

BERTRAND

Testigue' ! si notre maître , qui hait les femmes , venoit à vous trouver, où en serois-je ?

LtJClSDE.

Quand il saura que je suis une jeune fille perse'cute'e par une helle-mère , abandonnée , ù sa sollicitation , à l'inimitié de mon propre père, et qui fuit la maison paternelle de crainte d'épouser un magot qu'elle nie veut donner parcequ'il est son neveu, mes larmes le toucheront ; il aura pitié de moi , sans doute.

BERTRAND

Morgue ! je vous dis qu il n'est point pitoyable : je le conuois mieux que vous.

PERRETTE

Et moi je gage que ses larmes le débaucheront comme elles m'ont débaucliée : je ne les vis pas plutôt couler, que je me résolus d'abandonner mon ménage pour aller courir les champs avec elle , quoiqu'il n'y ait qu'onze mois que je sois mariée à Thibaut, le fcmiierde son père, qui est le meilleur lionmie du monde, et de la meilleure humeur. Est-ce que ton maître sera plus rébarbatif cpie moi?

Ventrcdicune ! vous me feriez enrager. Est-ce que je ne savons pas biau ce que je savons ?

LUCINDE

Fais-moi parler h ce jeune homme que tu dis qui est son fils ; je le toucherai , je lu'a.ssure, et je ne doute point qu'd ne fasse quelque chose auprès de son père en notre faveiu".

BERTRAND

Eh biau 1 eh bian I ne vlà-t-il pas ? Palsanguoi I n'en dit bian vrai , qu'il u'y a rian de si dur que la tète d'une femme? ]Se vous ai-je pas dit, cervelle igHoraute, que ce fils est le TU AUTEM du sujet pourquoi on reçoit ici les femmes comme un chien dans un jeu de quilles ? que le père ue veut point rpie le fils en voie aucune ? que le fils n'enconno.t non plus que s'il u^ en avoit point au inonde , et qu il ue sait pas seulement conmie on les appelle? que le père, sottement, lui apprend tout cela ; que le fils croit tout cela , sottement ; et que. . . . que. . . . Que diable ! ne vous ai-je pas dit tout cela?

PEERETTE.-

Eh bian ! oui. D'où viant qu'il ne veut pas que son fils connoisse des femmes ? Est-ce une si mauvaise connoissauce ?

D'où vient.... d'où viant Eh ! esprit bouché, ne

vous souviant-il pas que, de fil en aiguille , je vous ai conté que le père avoit épousé uue femme qui en savoit biau long ? et que pour empêcher que son fils n'ait comme li le même malcncombre qu'il a li, comme bian d'auties, il a juré son grand juron que jamais femme ne seioit de

rian à ce fils? Et voilà ce qui fait justement que Mais,

ventregtiienne ! que de babil I Est-ce que vous ne voulez donc pas vous taire , et me toiu-ncr les talons ?

L U C I N DE , lui donnant de l'argent.

Mon ami '. mon pauvre ami !

BEBTBARO, faisant le pleureur, mais prenant toujours l'argent.

Mon ami, mon pauvre .-imil Jami^ue'! ne v'ià-t-il pas encoie la cLaDsoa du ricochet, avec vos pièces d'or?

PEnRETTE.

■ Eh ! va , va , prends toujours.

BERTRAND

Ventregué! que veux- tu que j'en fasse?

LUC IWpE , lui donnant encore de l'argent.

Mon pauvre garçon !

BERTRAND

Testigué ! n'avez- vous point de honte de me tenter comme ça?

PEURETTE

Prends , te dis- je.

BERTRAND

Morgue i c'est être bian satan.

LUCINDE, lui en donn.int toujours.

BERTRAND

Jarni ! cela est cause que je vous ai déjà fait passer la jDuit dans ma cahute.

PERRETTE

Le grand malheur !

BERTRAND

Morgue ! cela va encore être cause que je vous y ferai passer le jour.

L U C I N D E , lui en donnant davantage.

Mon cher Beruand !

BERTRAND

Mort de ma vie ! que vous ai-je fait ?

PERRETTE

Eh ! prends , prends.

BERTRAND

Prends , prends. Moîguoi ! prends toi-même.

( Pcrrette veut preodie, et Bertrand su jette sur U bourse.]

PEIinETTE.

Eh bian ! donne-le moi , je le prendrai.

BEnxnAND.

Tu as bian envie de me voir frotté.

PERRETTE

La , la, prends courage ; il ne t'est point arrivé de mal cette nuit , il ne t'en arrivera pas cette journée. Remènenous dans la logette.

BERTRAND

Oui ; mais , morgue ! notre petit maître est un clierclieur de midi à quatorze heures; il a toujours le nez fourré par-tout. S'il viant à vous trouver I hein ?

LCCI5DE.

Peut-être sera-t-il bien aise de nous voir et de nous parler.

BERTRAND

Testigué ! ne vous y fiez' pas ; c'est un petit babillard qui ue manqueroit pas de lalier dire à son père. Il vaut mieux que je vous iioute dans queuque endroit où il n'aille pas vous chercher. Attendez; je vais voir si personne ne nous en empêche. ( il son. ^

Page 1