‹ ThéâtreChapitre 129 sur 220 · LÉ LIE, J OSSELIN · texte numérisé non relu

LÉ LIE, J OSSELIN

LÉLIE

D'otr vient que mon père me fuit?

JOSSEL15

n a des affaires en tête. Lui voulez-vous quelque chose?

LKLIE.

3 e ne sais.

JOSSELIN

Vous ne savez ?

LÉ LIE

Non , je ne sais ce que je lui veux ; je ne sais ce que je me veux à moi-même. Je sens bien que je m ennuie , et je ne sais pouiquoi je m'ennuie.

J0SSELI5.

C'est que vous êtes un j)€iit indolent, qui n'avez pas l'esprit de jouir des beautés qui se présentent à vous.

LE LIE

Eli I quelles sont ces beautés ?

JOSSELIN

Le ciel, la terre, le feu, l'eau, l'air, le jour, la nuit, le soleil, la lune, lesétoiles, ki herbes, les prts, lesfieurB; les fruits.

Oui, tout cela est fort divertissant ! AL ! mon cliiï monsieur Josselin, je vcudrois bien. . . .

JOSSELIN

Quoi?

LÉLIE

Vous ne le voudriez pas , v^ us ?

JOSSELIS.

Qu'est-ce encore ?

LÉLIE

Promettez-moi que vous le voudrez.

J O s s E L I lV.

Selon.

LÉLIE

Je voudrois bien aller me promener autre part qu'ici,

JOSSELIN

Plaît-il?

Ah ! je savois bien que vous ne le voudriez pas.

Avez- vous oublié que votre père vous l'a défendu?

LÉLIE

Eli ! c'est parce qu'il me l'a de'fendu que je meurs d'envie de le faire. Car , enfin , je m'imagine qu'il y a dans le inonde des choses qu'il ne veut pas que je sache; tt ce sont ces choses que je mmagine, que je brûle de savoir.

JOSsELINj à part.

Le petit fripon 1

LÉLIE

oh ! çà, monsieur Josselin, en bonne vérité, dites-moi ce que c'est que ces choses-là.

Qu'est-ce à dire, ces choses-là?

LÉLIE

Oui ; qu'est-ce qu'il y a dans le monde qui n'est point ki?

JOSSELIS.

Rien.

LÉLIE

Vous mentez , monsieur Josselin.

JOSSEUN.

Point du tout.

LÉLIE

On me cache bien des choses, monsieur Josselin; vous lisez dans des livies, et mon père y sait lire aussi. Pourquoi ne m a-t-on pas appris à y lire?

JOSSELI5.

Ou vous l'apprendia ; donnez-vous patience.

COMËDIE. aSi

LÉLIE

Je ne puis plus vivre comme cela , et c est une honte d'être aussi ignorant que je le suis à mon âge.

JOSSELIS, b.is.

Voilà un petit drôle qu'il n'y aura plus moyen de retenir.

LÉLIE

Et si niofi père venoit à mourir, M. Josselin, car je sais bien qu'on meurt, que deviendroTs-je ?

JOSSELIN

Vous deviendriez mon fils, et je serois votre père pour lors.

LÉLIE

Vous, vous moquez de moi , M. Josselin. Ce n'est pas comme cela que cela se fait ; et ce seroit , à mon tour , d'ctre pore de quelqu'un.

JOSSELI5.

Eh bien ! vous seriez le mien , si vous vcuiiez , et je serois votre fils , moi.

LÉLIE

oh ! ce n'est pas comme cela que cela »e fait , assure'ment. Vous ne voulez pas me le dire ; mais je le saurai , vous avez beau (aire.

JOSSELIλ.

Oh ! vous saurez , vous saurez que vous êtes un petit »ot , et que vos discours ïae fatiguent.

LÉLIE

M. Josselin, si vous ne me mener promener, j'irai me promener tout seul , je vou-) en avertis.

JOSSELtIf.

Oui ! et je vais moi, tout de ce pas, avertir votre père de VOS extravagances, et vous vetTCz après où je vous

n.ènerai promener. Oh ! oh ! voyez, voyez le petit impudent , avec ses promenades ! ( il sort. )

LÉLIE , seul.

Il a beau dire, je sortirai d'ici, quand je dc\Tois moulir sur le pas de la porte.

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