LÉ LIE, J OSSELIN
LÉLIE
D'otr vient que mon père me fuit?
JOSSEL15
n a des affaires en tête. Lui voulez-vous quelque chose?
LKLIE.
3 e ne sais.
JOSSELIN
Vous ne savez ?
LÉ LIE
Non , je ne sais ce que je lui veux ; je ne sais ce que je me veux à moi-même. Je sens bien que je m ennuie , et je ne sais pouiquoi je m'ennuie.
J0SSELI5.
C'est que vous êtes un j)€iit indolent, qui n'avez pas l'esprit de jouir des beautés qui se présentent à vous.
LE LIE
Eli I quelles sont ces beautés ?
JOSSELIN
Le ciel, la terre, le feu, l'eau, l'air, le jour, la nuit, le soleil, la lune, lesétoiles, ki herbes, les prts, lesfieurB; les fruits.
Oui, tout cela est fort divertissant ! AL ! mon cliiï monsieur Josselin, je vcudrois bien. . . .
JOSSELIN
Quoi?
LÉLIE
Vous ne le voudriez pas , v^ us ?
JOSSELIS.
Qu'est-ce encore ?
LÉLIE
Promettez-moi que vous le voudrez.
J O s s E L I lV.
Selon.
LÉLIE
Je voudrois bien aller me promener autre part qu'ici,
JOSSELIN
Plaît-il?
Ah ! je savois bien que vous ne le voudriez pas.
Avez- vous oublié que votre père vous l'a défendu?
LÉLIE
Eli ! c'est parce qu'il me l'a de'fendu que je meurs d'envie de le faire. Car , enfin , je m'imagine qu'il y a dans le inonde des choses qu'il ne veut pas que je sache; tt ce sont ces choses que je mmagine, que je brûle de savoir.
JOSsELINj à part.
Le petit fripon 1
LÉLIE
oh ! çà, monsieur Josselin, en bonne vérité, dites-moi ce que c'est que ces choses-là.
Qu'est-ce à dire, ces choses-là?
LÉLIE
Oui ; qu'est-ce qu'il y a dans le monde qui n'est point ki?
JOSSELIS.
Rien.
LÉLIE
Vous mentez , monsieur Josselin.
JOSSEUN.
Point du tout.
LÉLIE
On me cache bien des choses, monsieur Josselin; vous lisez dans des livies, et mon père y sait lire aussi. Pourquoi ne m a-t-on pas appris à y lire?
JOSSELI5.
Ou vous l'apprendia ; donnez-vous patience.
COMËDIE. aSi
LÉLIE
Je ne puis plus vivre comme cela , et c est une honte d'être aussi ignorant que je le suis à mon âge.
JOSSELIS, b.is.
Voilà un petit drôle qu'il n'y aura plus moyen de retenir.
LÉLIE
Et si niofi père venoit à mourir, M. Josselin, car je sais bien qu'on meurt, que deviendroTs-je ?
JOSSELIN
Vous deviendriez mon fils, et je serois votre père pour lors.
LÉLIE
Vous, vous moquez de moi , M. Josselin. Ce n'est pas comme cela que cela se fait ; et ce seroit , à mon tour , d'ctre pore de quelqu'un.
JOSSELI5.
Eh bien ! vous seriez le mien , si vous vcuiiez , et je serois votre fils , moi.
LÉLIE
oh ! ce n'est pas comme cela que cela »e fait , assure'ment. Vous ne voulez pas me le dire ; mais je le saurai , vous avez beau (aire.
JOSSELIλ.
Oh ! vous saurez , vous saurez que vous êtes un petit »ot , et que vos discours ïae fatiguent.
LÉLIE
M. Josselin, si vous ne me mener promener, j'irai me promener tout seul , je vou-) en avertis.
JOSSELtIf.
Oui ! et je vais moi, tout de ce pas, avertir votre père de VOS extravagances, et vous vetTCz après où je vous
n.ènerai promener. Oh ! oh ! voyez, voyez le petit impudent , avec ses promenades ! ( il sort. )
LÉLIE , seul.
Il a beau dire, je sortirai d'ici, quand je dc\Tois moulir sur le pas de la porte.