‹ ThéâtreChapitre 130 sur 220 · LUCINDE, LÉLIE, PERRETTE · texte numérisé non relu

LUCINDE, LÉLIE, PERRETTE

PEURETTE, à Lucinde.

Madame, le v'ià tout seul.

LU c I TJ D E.

Approchons-nous, pour voir ce qu'il dii'a en nous voyant.

LELIE, sans voir les deux fcramos.'

Mon père n'est pourtant pas un bon père , de ne me pas montrer tcut ce qu'il sait; et c'est ce qui fait que je n'ai pas de peine à me résoudre à le quitter.

PERMETTE

Il ne faut point lui dire d'abord qui je sommes ; mais je gage bian qu'il le devinera.

LELIE.

Je m'imagine que tout ce (ju'on ne veut pas que je saclie, est cent mille fois plus beau que ce que je sais. Je pense je ne sais combien de clioses, toutes plus jolies les unes que : es autres, et je meurs d'impatience de savoir si

je pense juste Mais que vois-je ? Voilà deux jcunea

garf'ons joliment baliillés. Je n'en ai poiut encore vu comme ceux - là. Je voudrais bien les aborder ; mais je suis tout hors de moi-même, et je n'ai presque pas la force de parler. ( rlles font la révér>-ncc. ) Us se baissent et puis ils se liaussent; qu'est-ce que cela siguiûe?

COMÉDIE. a53

LUC IN DE

Nous hésitons à vous aborder.

LÉLIE

Ils parlent comme moi ; que de (Questions je vais leur faire !

LUCINDE

Vous paroissez étonné de nous voir?

LÉLIE

Oui , je n'ai jamais rien vu de si beau que vous , ni qui m'ait tant fait de plaisir k voir.

PERRETTE

oh ! mort de ma vie , que la natiure est une belle chose!

LÉLIE

D'où venez- VOUS ? qui vous a conduits ici ? Est-ce mon père ou moi que vcus y clierchez? De grâce, ne parlez point à mou père , et demeurez avec moi. L D c I iS D E.

A ce que je puis juger, vous n'êtes point fiîché de nous voir?

LÉLIE

Je n ai jamais eu tant de joie.

PEREETTE.

Cela est admirable! Et que croyez- vous de nous, s'il vous plaît ?

LÉLIE

Ce que j en crois ?

Oui , qui nous sommes ?

LÉLIE

Les deux plus belles créatures du monde. Je n'ai jamais rieu vu ; mais je ue conçois rien de plus parfait

La Fonuioc. Tli.'jiru. "i'J.

o5\ LA COUPE E^^CHANTÉ E.

qiie vous , et je n'ai plus de curiosité pour tout le reste. Demeurez toujours avec moi , je vous en conjure ! je demeurerai toujOurs ici , et mon père et M. Josselin en seront ravis.

LUCINDE

Vous en jugeriez autremenl , si vous saviez ce que nous sommes.

LÉ LIE

Eh ! n'êtes-vous pas des luimmes comme nous ?

PEnRETTE.

Oli ! viaiment , non : il y a bian à dire.

L ELI E

Hors les habits et la beauté', je n'y vois point de différence.

PEBRETTE.

Oui da ! c'est bian tout un ; mais ce n'est pas de même. L e' L I E.

Il est vrai que je sens, en vous voyant, ce que je n'ai jamais senti. Ali ! si vous n'êtes point des hommes, ditesmoi ce que vous êtes , je vous en conjure.

LUCISDE.

Votre cœur ne peut-U pas vous l'expliquer tout-à-fait ?

Non; maïs ce n'est pas la faute de mon cceur, ccst la faite de mon e.'^prit.

Eh bian ! tenez , mon pauvre enfant , bian loin d'être des hommes , nous eu sommes tout le contraire.

lÉLlE.

Je ne vous entends point.

PERRETTE

Vous nous entendrez avec le temps. Mais, qui aimez-

vous mieux de nous deux? Là, parlez francliement, n'eslce point moi ?

Je vous aime beaucoup ; mais je l'aime infiniment davantage. ^

Tout de bon ?

LÉLIE

Tout de bon.

PERRETTE

C'est à cause que vous êtes la plus brave.

L ÉLI E.

Non, non, je ne regarde po'nt aux habits; mais je ne «aurois vous diie ce qui fait que je 1 aime plus que ^ ou*.

Vous m'aimez donc ?

LLL I E.

Plus que toutes les cLoses du monde.

PERRETTE

Mais que pensez-vous en l'aimant ?

l ELI E.

Mille choses qre je n'ai jamais pensées.

Pi'cn avez-vous point à me dire?

LÉL lE.

Oh ! quantité , mais je ne sais comment m'exprimer.

PERRETTE

F.h ! que scriez-votis prêt à ijire pour lui prou\ er que vous 1 aiii.ez?

LÉLIE

Tout

L tr C 1 5 D E.

"^'oud^iez-vous quitter ces lieux pour me suivre ?

LÉLIE

De tout mon cœur, pour\-uque je vous suive toujouiE.

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