ACTE TROISIÈME
SCEjNE I.
T H R A s O A , seul.
X I faut dire le vrai , j'en rotilais à Pampliile ;
Et , bien que pour Tliaîs un amour plus facile
Étouffât celle-ci presque encore au berceau ,
Sans mentir, j'ai regret de perdre un tel morceaa.
Je ne sais quel remords tient mon ame occupée;
Mais encore être ainsi de m^es mains échappée
C est le comble du mal , et soufirir qu'un enfant
Des laqs d'un vieux routier se sauve en triomplianl.
Me préservent les dieux d'une beauté naissante !
Il n'est point de méthode en amour si puissante
Qui ne fût inutile à qui s'en piqueroit :
Souvent ces jeunes cœurs sont plus durs qu'on ne cioit-
Pour gagner son amour, je ne sais point de voie ;
C est im fort à tenir aussi long-temps que Troie.
J'avurois , sans me vanter, depuis qu'elle est chez moi .
Réduit à la raison quaUe filles de roi.
J'eusse pu 1 épouser, mais je fuis la contrainte ;
Le seul nom de l'iivmen me fuit frémir de crainte :
Et je ne voudrois pas que mon cœur fût touché
De l'cspoLr d'un royaiune à Pamphile attaché.
Rien n'est tel, à qui craint une femme importun'',
Que de vivre en soldat, et chercher sa fortune.
L'EUNUQUE. ACTE m, SCÈNE I. 45 On se pousse par-tout , on risque sans souci , Et qui n'y gagne rien , n'y peut rien perdre aussi. Mais rarement ïlirason se plaint-il d une dame j Jusqu'ici peut d'objets ont règne sur son ame Sans payer son amour d'une ou d'autre façon. Phédrie en poiuroit bien avoir quelque leçon ; Je n'en pense pas plus , n'étant point d'humeur vaine. Voyons si notre agent auia perdu sa peine : Le voici qui s'approclie.
SCÈ>ÎE II.
THnASOS.
HÉ bien , qu'as- tu gagne' ?
Que de peines, seigneur, vous m'avez épargné î Je vous allois chercher au port et dans la place.
Tu me rapportes donc des actions de grâce ?
G N AT ON
Le faut-il demander? J'en suis tout en chaleuï.
THRASOÎ?
Enfin le don lui plaît ?
r^on tant pour la valeur , Que pour venir de vous; c'est là ce qui la louche, Et ce qu'à tous moments elle a dedans la bouche , Comme im des plus grands biens qu'elle ait jamais reçus. Vous ririez de louîr triompher là-dessus.
THR AS os.
Ce qui vient de ma part cause ainsi de la joie ; J'ai cent fois plus de gré d'un bouquet que j'envoie, Qu'un autre n'en auroit de quelque don de prix, Fûl-ce même un trésor.
GHATONi
Vivent les bons esprits !
Il n'est , à bien parler , que manière à tout faire. D'un travail de dix ans ce que le sot espère , L'honnête homme , d'un mot , le lui viendia ravir.
Aussi le roi m'emploie , et j 'ai su le servir A la guerre , en amour , auprès de ses maîtresses , Quoique j'eusse souvent ma part de leurs caresses.
Mais s'il l'apprend aussi?
thuason.
Gnaton , soyez discret.
3e ne découvre pas à tous un tel secret.
gnaton.
C'est faire en homme sage. ( Bas. )
( Haut. ) Il l'a dit h cent autres.
Le roi n'agréoit donc autres soins que les vôtres?
Que les miens ; et par fois se trouvant dégoûts Du tracas ùnportun qui suit la royauté, Comme s'il eût voulu tu comprends ma ponsée ''
GNATON.
Prendre un peu de bon temps , toute alTaii'e laissée.