‹ ThéâtreChapitre 219 sur 220 · PATROCLE, LYDIE · texte numérisé non relu

PATROCLE, LYDIE

ITDIE.

Voila donc votre amour 1 C'est-là cette tendresse

Que TOUS me promettiez , après qu'on m'eut été

Biens et sceptre, enfin tout, jusqu'à la liberté?

Quand Achille s'en vint désoler notre terre ,

Si quelqu'un signala son nom dans cette guerre ,

Ce fut vous. L'oserai-je à ma bonté avouer?

Je cherchai dans mes maux matière à vous louer.

Aux dépens de mon cœur vous vous fîtes connoitre :

Ce me fut un plaisir de vous avoir pour maître.

Je ne regrettai point ce que j'avois perdu;

Je l'aurois refusé, si l'on me l'eût rendu.

Et vous , cruel ! et vous , pour toute récompense ,

Vous mettez avec moi votre gloire en balance 1

Vous ne l'y mettez point, j'ai pour vous moins d'appas :

Cependant, on a vu que je n'en manque pas.

Avant que d'être ici comme esclave emmene'e ,

Les monarques voisins briguoient mon h y menée ;

Tous me vinrent offrir leur aide en mes malheurs :

Je les vis tous périr, sans leur donner de pleurs ;

Je fis des vœux pour vous , ingrat ! contre moi-même.

PATROCIE-

Que ces rois sont heureux I mourir pour ce qu'on aime ! Mériter doublement de vivre en l'avenir

LYDIE

Je vous demande moins , et ne puis l'obtenir. >'c me préferez plus un fantôme de gloire. Après m' avoir conquise, est- il quelque victoire

LaFaDtaine. Thcâlrc. û3

386 ACHILLE

Qu'un cœur ambitieux ne doive de'daigner? Ne vous suffit-il pas d'avoir su me gagner ? Considérez l'état où je serois réduite , Si ce combat avoit une fimeste suite.

PATROCLE

\chille vous seroit toujours un protecteur.

LYDIE

Acliille est de mes maux le principal auteur ; Et vous , par ce discours vous oflensez Lydie : Qu'ai-je besoin , sans vous , de conserver ma vie .' Si le dest'n me veut à ce point affliger, Les enfers me samont contre tous protéger.

PATROCLE

Madame, au nom des dieux, cessez de me confondre:

Voici ce que je puis en deux mots vous répondre.

Plût aux dieux qu il fallût donner mon sang pour vous !

Le trépas n'auioit rien qui ne rue semblât doux.

Mille fois en un jour demandez-moi ma vie ,

Tous serez avec joie aussitôt obéie :

.Je ne préfère point ma .gloire à vos attraits;

Du deshonneur, sans plus, j'appréhende les traits :

Vous y devez pom' moi vous-même être sensible.

On s'en va renverser ce mur inaccessible.

Ven-ai-je, pour un jour, tous mes jouis diffamés ?

Vous me haïriez lors autant que vous m aime/. :

Quand vous le souffriiiez , je me dois satisfaire.

lîDIE.

Va , de tels sentiments ne nie sauroieut déplaiie. J'ai \oulu l'émouvoir ; mais si je l'avois f.iit 3e m'en applaudirois , peut-être, avec regiet. Rien ne presse ; jouis encor de ma présence. Tes projets sont remplis de trop d impatience :

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