PATROCLE, LYDIE
ITDIE.
Voila donc votre amour 1 C'est-là cette tendresse
Que TOUS me promettiez , après qu'on m'eut été
Biens et sceptre, enfin tout, jusqu'à la liberté?
Quand Achille s'en vint désoler notre terre ,
Si quelqu'un signala son nom dans cette guerre ,
Ce fut vous. L'oserai-je à ma bonté avouer?
Je cherchai dans mes maux matière à vous louer.
Aux dépens de mon cœur vous vous fîtes connoitre :
Ce me fut un plaisir de vous avoir pour maître.
Je ne regrettai point ce que j'avois perdu;
Je l'aurois refusé, si l'on me l'eût rendu.
Et vous , cruel ! et vous , pour toute récompense ,
Vous mettez avec moi votre gloire en balance 1
Vous ne l'y mettez point, j'ai pour vous moins d'appas :
Cependant, on a vu que je n'en manque pas.
Avant que d'être ici comme esclave emmene'e ,
Les monarques voisins briguoient mon h y menée ;
Tous me vinrent offrir leur aide en mes malheurs :
Je les vis tous périr, sans leur donner de pleurs ;
Je fis des vœux pour vous , ingrat ! contre moi-même.
PATROCIE-
Que ces rois sont heureux I mourir pour ce qu'on aime ! Mériter doublement de vivre en l'avenir
LYDIE
Je vous demande moins , et ne puis l'obtenir. >'c me préferez plus un fantôme de gloire. Après m' avoir conquise, est- il quelque victoire
LaFaDtaine. Thcâlrc. û3
386 ACHILLE
Qu'un cœur ambitieux ne doive de'daigner? Ne vous suffit-il pas d'avoir su me gagner ? Considérez l'état où je serois réduite , Si ce combat avoit une fimeste suite.
PATROCLE
\chille vous seroit toujours un protecteur.
LYDIE
Acliille est de mes maux le principal auteur ; Et vous , par ce discours vous oflensez Lydie : Qu'ai-je besoin , sans vous , de conserver ma vie .' Si le dest'n me veut à ce point affliger, Les enfers me samont contre tous protéger.
PATROCLE
Madame, au nom des dieux, cessez de me confondre:
Voici ce que je puis en deux mots vous répondre.
Plût aux dieux qu il fallût donner mon sang pour vous !
Le trépas n'auioit rien qui ne rue semblât doux.
Mille fois en un jour demandez-moi ma vie ,
Tous serez avec joie aussitôt obéie :
.Je ne préfère point ma .gloire à vos attraits;
Du deshonneur, sans plus, j'appréhende les traits :
Vous y devez pom' moi vous-même être sensible.
On s'en va renverser ce mur inaccessible.
Ven-ai-je, pour un jour, tous mes jouis diffamés ?
Vous me haïriez lors autant que vous m aime/. :
Quand vous le souffriiiez , je me dois satisfaire.
lîDIE.
Va , de tels sentiments ne nie sauroieut déplaiie. J'ai \oulu l'émouvoir ; mais si je l'avois f.iit 3e m'en applaudirois , peut-être, avec regiet. Rien ne presse ; jouis encor de ma présence. Tes projets sont remplis de trop d impatience :