‹ ThéâtreChapitre 28 sur 220 · ACTE IV, SCÈNE I. Gi · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. Gi

Le ciel m'a faite esclave , il est vrai ; mais crois-ta Que cette qualité répugne à la vertu?

CHÉRÉE.

Uui le croiroit , Pamphile , après vous avoir vue ?

Les sévères appas , dont vous êtes pourvue ,

Désespèrent les cœurs qu'ik viennent d'enflammer;

Mais , sous le nom d'hymen s'il est permis d'ainier,

Loin de votre pays esclave et délaissée,

Où pourriez-vous ici porter votre pensée ?

Par-là je n'entends point mépriser vos appas.

Le mérite en est grand ; mais l'heur n'y répond pas.

Tant que l'effort des ans en détruise l'empire ,

Assez d amants viendront vous conter leur martyre :

Assez d'amanis aussi , d'un discours mensonger

Vous offriront un cœur, toujours prêt à changer.

Devant que vous soyez h leurs vœux exposée ,

Prévenez le dépit de vous voir abusée;

Faites un choix plus sûr, il vous est important,

PAMPHILE

Peut-être dans ta foi n'es-tu pas plus constant.

CHÉnÉE.

Pamphile , croyez-en ces Soupirs et ces larmes.

PAMPHILE

Ah 1 cesse d'employer le secours de leurs charmes , Otc-moi ta présence, engage ailleurs ta foi ; Veux-tu rendre mon cœur plus esclave que moi ? Va, ne réplique point, ctoufle ton envie; Crains d'attacher tes jours aux mallicurs de ma vie ; Va-l'en, laisse-moi seule et me plaindre et souffrir, c H E R É E.

Un sort plus favorahle eu vos maias vient s'offrir.

la FuiitaiDC. ZliJatic. C

PAMPHILE

Ce n'est point l'intérêt qui me rendra facile ; Et si je cède, hélas ! achève pour Paniphile. Que sert de m'expliquer? ïu lis dedans mon sein.

CHÉRÉE.

Et que rencontrez- vous d'injuste en ce dessein ?

Je ne sais , je crains tout , je suis irrésolue :

Va briguer quelque voix sur mon cœur absolue.

Que je tiemie de vous l'espoir d'un si grand bien.

Sans l'aveu de Thaïs je ne te promets rien ; Elle a sur mes désirs une entière puissance : Ce que j'aurois aux miens rendu d'obéissance , Je le dois à ses soins, par qui j'espère enfin Retrouver mes parents, et changer de destin.

CHÉnÉE.

Pamphile , songez-y , la chose est importante ; Et puisqu'on vos malheurs un inoyen se présente, Ne le rejetez pas; il est en votre main.

PAMPHILE

Qui me peut garantir ce discours incertain ?

Moi-même.

PAMPHILE

Un tel garant n'assure point mon anie ; Quand vous voulez montrer l'effet de votre flamme. Un parent, un tuteur, un ami bien souvent. Fout que de tels projets il ne sort que du vent ;

ACTEIV, SCÈNE I. 63

Quelquefois, pour changer, ils vous servent d'excuse.

Contre ces lâchetés , dont chacun nous accuse , Je n'oppose qu'un mot : dans trois jours au plus tard Si 1 effet ne s en voit, ou d'une ou d'autre part, Vous pourrez m'accuser de parjure et de feinte; Mais aussi jusques-là suspendez votre crainte , Va faites de mes vœux un meilleur jugement.

,PAMPHILE

Le terme n'est pas long, j'y consens aisément: Mais je vous interdis cependant ma présence, Comme un juste moyen d'expier votre offense.

CHÉnÉE.

L'arrêt est rigoureux , le crime étant léger : J'obéirai pourtant ; mais, pour m'encourager , Adoucissez la peine à ma ruse imposée : Cette faveur m'importe , et vous est fort aisée.

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