‹ ThéâtreChapitre 31 sur 220 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PTTH lE.

Ah J que j'ai de secrets , madame , à vous conter ^ Mais ne le dites pas, vous me feriez querelle. Ma foi , le compagnon noxis l'a su donner beUe.

XBAÎS.

Qui?

PYTHIE

Faut-il demander ? Ce beau présent de fois Fût-il en Étbopie, ou bieu eucor plus loin.

THAÏS

Tu viens de proférer une étrange parole.

PYTHIE

Cliacun n'a pas été comme vous à l'école; Je m'entends.

THAÏS

C'est assez. '

PYTHIE

Ceci nous doit ravir.

Vous n'aviez qu'à moitié des gens pour la servir , Il falloit uu eunuque; et le bon de l'affaire Est que l'on n'a pas dit tout ce qu'il savoit faire.

THAÏS

Que peut-il avoir fait ?

PYTHIE

Me le demandez- vous '■.'

THAÏS

Tu fais bien l'innocente en te moquant de nous.

PYTHIE

Je n'en sais rien au \Tai , toutefois je m'en doute.

thaïs.

Ce sont-là des discours si clairs, qu'on n'y voit goutte.

PYTHIE

Votre sœur a tantôt, pour ne rien déguiser, Laissé prendre à Doris sur sa main un baiser. Savez-vous quel baiser?

Fort froid , je m'imagine.

PYTHIE

Kn b«DBe foi j'ai cru qu'il y prendroit racine :

ACTEIV,SCÈNEIII. 67

Ce n'étoit point semblant , car même il a sonné. Si par mon serviteur un tel m'étoit donné , Je n'en fais point la fine, il me rendroit honteuse. Enfin , de ce baiser la suite est fort douteuse.

THAÏS

Tu t'alarmes en vain , c'est marque de respect ; Puis cela vient d'uu lieu qui ne m'est point suspect: Les baisers de Doris sont baisers sans malice : Il en faudi'oit beaucoup pour guérir la jaunisse.

PYTHIE

Pas tant que vous croyez , ou je n'y connois rien. Ah 1 que n'ai-je entendu leur premier entretien I Mais, au cri de Pamphile étant vite accourue , Comme en quelques endroits la porte étoit fendue . Il m'est venu d abord un désir curieux D'approcher d'une fente et l'oreille et les yeux. Ils ont dit cpielques mots d amour, de mariage ; Que votre sœur ne peut prétendre davantage ; Que Doris est pour eUc un assez bon parti ; Tant qu'enfin au baiser le tout est aboutL

THAÏS

Ton récit est confus, j'ai peine à le comprendre.

PYTHIE

Aussi ne pouvoit-on qu'à moitié les entendre. ■Voilà ce que j'en sais, fondez votre soupçon. Doris n'est point esclave, au moins à sa façon : ,1e ne sais quoi de gi and paroît sur son visage : Tels valets ne sont point sans doute à notre usage. A force d'y rêver , mon esprit s'est usé. Madame , si c'étoit quelque amant déguisé ! 'i'elle fourbe eu amour souvent s'est publiée.

THAÏS

Ma sœur se serolt-elle à ce point oubliée ? J'ai cru sur sa vertu me pouvoir assurer.

PYTHIE

En ce monde il ne faut jamais de rien jurer :

Les prudes bien souvent nous trompent au langage.

THAÏS

Qu'est devenu Doris ?

PYTHIE

Il a tioussë bagage.

THAÏS

Il falloit tout au moins l'empêcher de sortir.

PYTHIE

J'ëtois hors de mon sens, pour ne vous point mentir

THAÏS

Au retour de Phédrie on en saura l'histoire.

PYTHIE

C'est ce que j'oubliois , tant j'ai bonne mémoire ; A peine vous sortiez cju'il m'est venu trouver.

THAÏS-

Je le croyois aux champs.

PYTHIE

Il en vient d'arriver.

De long-temps . m'a-t-il dit , je connois ton adresse : Tu sais la passion que j ai pour ta maîtresse; De m'en priver deux jours hier au soir je promis, Et crus qu'allant trouver aux champs quelques ami; , Ils pourroient de ce temps adoucir l'armertiune ; Mais à nul autre objet mon œil ne s'accoutume. De nul autre entretien mon esprit n'est chai-mé. Je pourrois vivre un siècle avec elle cofenné;

ACTEIV.SCÈNEIII. Gg

\Wre sans elle un jour m'est un trop grand supplice, Et je ue suis pas sûr que ceci s'accomplisse , Sans que vous y perdiez la fleur de vos amis. Si de ce long exil un jour ne m'est remis, Je ne donneiois pas un denier de ma vie. Pour le souffrir je crois que tu m'es trop amie : Fais valoir cet ennui qui ciuse mon retour ; Dis que Thrason pour elle a beaucoup moins d amour, Qu'il prescrit trop de lois et se rend iuconunode : Je t'abrège ceci , pour l'étendre à ta mode. \oi\li ce qu'il m'a dit, et tiens fp.i'd a raison. Plutôt que de me voir caresser par Thrason, J'aimerois cent fois mieux que l'autre m'eût battue. Le soldat est trop vain , sa présence me tue : Il n'a qu'une chanson dont il nous étourdit ; Et , liors de ses exploits , c'est un homme interdit ; Puis , qu'oa soit toute à lui : ma foi l'on s'y dispose.

Ûue veux-iu? jusqu'il! ma sœur en est la cause.

PYTHIE

JVe dissimulez plus , ^ ous avez votre sœur. Mais de\ rois-je parler avecque tant d'ardeur Pour ce doimeur d'eimuque a lu mode nouvelle?

THAÏS

Pcut-êtie en le donnant l'a-t-il cru plus fidcle.

PYTHIE

Envoyez-le quérir, vous l'entendrez parler.

THAÏS

Comment, s'il vient ici, le pourra-t-on celer?

PYTHIE

Quand Tlir.-i'on le saura . vous avez voire compte.

.jo L EUNUQUE.

THAÏS

Je ne saurois tromper sans scrupule et sans honte. Qu'on cliercte toutefois Phédrie et son présent.

PYTHIE

Vos gens le trouveront au Ingis à pre'sent ; Derie aura bientôt traversé cette rue.

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