SCENE IV
THAÏS, seule.
A l'e5TE\dre parler, elle en doit être crue;
Qu'un esclave pourtant se soit fait écouter,
A moins que l'avoir vu j'ai siijct d'en douter.
Ma sœur fit toujours cas d'une vertu sévère :
Ceci n'est point d'ailleurs arrivé sans mystère;
Phédrie ou Parmenou m'ont joué quelque tour.
Mais quoi ! la tromperie est permise en amour ;
Je ne dois seulement accuser que Pamphile.
Aux désirs d'un amant se rendre si facile ,
jyi grâces, ni faveurs ne savoir ménager,
Ce n'est pas le moyen de pouvoir l'engager ;
Trop d'espoir à l'abord en étouffe le zèle.
Ah ! que si j'eusse été fille encore comme elle !
Mais ne nous plaignons point , et laissons tous ces vam
Ne pouvoir disposer d'un seul de ses cheveux.
D'un seul de ses désirs , d'un moment de sa vie ,
N'est pas une fortune à donner de l'envie.
Les maris sont jaloux , ou bien sans amitié.
Tel qui ne nous voyoit , disoit-il , qu'à moitié ,
Quand il est possesseur , clierclie ailleurs sa fortune.
Une femme en deux jours leur devient importune:
A.CTEIV,SCÊNEIV. ^i
Il faut , sans murmurer , souflnr leur peu de fui , Et c'est là le plus dur de cette injuste loi. Ce n'est qu'avec regret qu'en perdant ma franchise, Pour la seconde fois on m'y verra soumise ; V.t je crains que ma sœur n'en dise autant aussi. lia pourvoir d'un e'poux est mon plus grand souci : Ce qui convient à l'une , est à l'autre incommode ; Et si c est mon talent que de vivre à la mode, Dans un autre dessein je dois l'entretenir.