‹ ThéâtreChapitre 52 sur 220 · POLYMNIE · texte numérisé non relu

POLYMNIE

Oui , sire , nous pouvons vous en parler cliacune.

APOLLON

Si ma prière n'est aux Muses importune , Devant moi tour-à-tour chantez cette beauté'; Mais sur de nouveaux tons , car je suis dégoûté- Que chacune pourtant suive son caractère.

EUTERPE

Sire, nous nous savons toutes neuf contrefaire : Pour si peu laissez-nous libres sur ce point-li,

APOLLON

Commencez donc, Euterpe, ainsi qu'il vous plaira.

EUTERPE

Que ma compagne m'aide, et puis en dialogue Nous vous ferons eutendie une espèce d'églogue.

APOLLON

Terpsichore, aidez-la : mais surtout e'vitez

Les traits que tant de fois l't'gloguc a répétés ;

Il me fiiut du nouveau , n'eu fiit-il poiiit au monde.

C O :« Ë D I E, log

TERPSICHORE

Je m'en vais comincncer ; qu'Euterpe me reponde. Quand le soleil a fait le tour de l'univers , Ce n'est point d'avoir vu cent chefs-d'œuvre divers, >"i d en avoir produit, qu'à Thétis il se vante; Il dit , J cd vu Clymène , et mon ame est contente.

EUTERPE

L'aurore vous veut voir; Clymène, montrez-vous: Non , ne bougez du lit ; le repos est trop doux : Tantôt vous paroîtrez vous-même une autre aiuore ; "SI -Ai ne vous pressez point, dormez, donnez encore.

TERPSICHORE

Au gré de to'is les yeux Clymène a des appas : Ln peu de passion est ce qu'on lui souhaite : l'iiur de l'amitié seule, elle n'en manque pas : ( Ànq ou sis grains d'amour , et Oymène est parfaite.

EUTERPE

I. amour , à ce qu'on dit , empêche de dormir : S il a quelque plaisir, il ne l'a pas sans peine. ■N oyez la tourterelle, entendez-la gémir, ■Vous vous garderez bien de condamner Clymène.

TERPSICHORE

Vénus depuis long-temps est de mauvaise humeur; Clymène lui fait ombre ; et Vénus, ayant peux D'être mise au-dessous d'une beauté mortelle , Disoit hier à son fils, Mais la croit-on si belle? Hé oui, oui, dit l'Amour, je vous la veux montrer.

APOtLOS.

Vous sortez de l'églogue.

Il uuas y faut rentrer.

LaFoataiDC. Tlicalrs. 10

iio CLYMÊNE.

Amour en quatre parts divise son empiré : Acante en fait moitié, ses rivaux plus d'un quart; Ainsi plus des trois quarts pour Cljmène soupire : Les autres belles ont le reste pour leur part.

TERPSICHORE

Tout ce que peut avoir un cœur d'indifférence, Clymène le témoigne : elle en a destiné Les trois quarts pour Acante; heureux dans sa souffrance, S'il voit qu'à ses rivaux le reste soit donné.

ECTERPE.

Ne vous semble-t-il pas que nos bois reverdissent , Depuis que nous chantons un si charmant objet ?

TERPSICHOnE.

Oiseaux, hommes et dieux, que tous chantres choisissent Désormais , en leurs sons , Clymène pour sujet.

EUTERPE

Pour elle le printemps s'est habillé de roses.

TERPSICHORE

Pour elle les zéphirs en parfument les airs.

EtJTERPE.

Et les oiseaux pour elle y joignent leurs concerts. Régnez , belle , régnez sur tant d'aimables choses.

Aimez , Clymène , aimez ; rendez quelqu'un heiu^cux Votre règne en aura plus d'appas pour vous-même.

EUTERPE

Eu ce nombre d'amants qui voulez-vous qu'elle aime

TERPSICBORE.

Acante.

EUTERPE

Et pourquoi lui ?

terpsichoue.

C'est le plus amoureui.

Sire , êtes- vous content ?

APOLLOy.

Assez. Que Melpomène Sur un ton qui nous touche introduise Clpnène. Vous , Thalie , il tous faut contrefaire uu amant Qui ne veut point borner son amoureux tourment.

MELPOMÈSE.

Mes sœurs , je suis Clymène.

THALIE

Et moi je suis Acante.

APOLLON

Fort bien; nous écoutons; remplissez notre attente.

CLYMÈNE

Acante , vous perdez votre temps et vos soins. Voulez-vous qu'on vous aime? aimez-nous un peu moins. Otez ce mot d'amour, c'est ce qu'on vous conseil!».

ACASTF

Que je l'ôte ! Est-il rien de si doux à l'oreille ?

Quoi ! de vous adorer Acante cesseroit !

Contre sa passion il vous obéiroit !

Ah ! laissez-lui du moins son tourment poiu^ salaire.

Suis-je si dangereux? Hélas 1 non; si j'espère

Ce n'est plus d'être aimé; tant d'heur ne m'est point dft :

Je l'avois jusqu'ici follement prétendu.

Mourir en vous aimaut est toute mon envie.

Mon amour m'est plus cher mille fois que la vie.

Laissez-moi mon amour, madame, au nom des dieux.

Toujours ce mot I toujours I

I ra C L Y M È N E.

ACANTE

Vous est-il odieux ?

Que de belles voudroient n'en entendre point d'autre !

II charme également votre sexe et le nôtre : Seule vous le fuyez ; mais ne s'est-il point vu Quelque temps où peut-être il vous a moins déplu ?

L'amour, je le confesse, a traverse' ma vie :

C'est ce qui , malgré moi , me rend son ennemie.

Après un tel aveu , je ne vous dirai pas

Que votre passion est pour moi sans appas ,

Et que d'aucun plaisir je ne me sens touchée

Lorsqu'à tant de respect je la vois attachée.

Aussi peu vous dirai-je, Acante, écoutez bien,

Que par vos qualités vous ne méritez rien ;

Je les sais, je les vois, j'y trouve de quoi plaire :

Que sert-il d'affecter le titre de sévère ?

Je ne me vante pas d'être sage à ce point

Qu'un mérite amoureux ne m'embarrasse point.

Vouloir bannir l'amour, le condamner, s'en plaindre,

Ce n'est pas le haïr, Acante ; c'est le craindre.

Des plus sauvages cœm's il flatte le désir.

Vous ne l'ôterez point sans m'ôter du plaisir :

Nous y perdrons tous deux : quand je vous le conseillt,

Je me fais violence , et prêle eucor l'oreille.

Ce mot renferme en soi je ne sais quoi de doux,

Un son qui ne déplaît à pas une de nous ;

Mais trop de mal le suit.

ACANTE

Je m'en charge , madame :

Ce mal est pour moi seul ; j'en garantis votre ame.

COMËDIE. ii3

Qui vous croiroit , Acante , auroit un bon garant.

Mais non, je connois trop qu'Amour n'est qu'un tyran,

Un ennemi public, un démon pour mieux dire.

ACA5TE

n ne l'est pas pour vous , cela vous doit suffire : Jamais il ne vous peut avoir causé d'ennui : Vous en prenez un autre assurément pour lui. S il a quelques douceurs, elles sont pour les belles, Et pour nous les soucis et les peines cruelles. Vous n'éprouvez jamais ni dédain m froideur : Quant à nous , c'est souvent le prix de notre ardeur. Trop de zèle nous nuit.

ClYMÈSE.

Et pourquoi donc, Acante, Ne modérez-vous pas cette ardeur violente ? Aimez- vous mieux souffrir contre mon propre gré , Que si , m'obéissant , vous étiez bien traité ? Je vous rendrois heureux.

ACANTE

Selon votre manière ; Du bonlicur d'un ami, d'un parent ou d'un frère : Que sais-je? de chacun : car vous savez qu'on peut Faire ainsi des heureux autant que l'on en veut.

CLYMÈSE.

îion, non, j'aurois pour vous beaucoup plus de tendresse. Vous verriez à quel point Clymène s'intéresse Pour tout ce qui vous touche.

Et pour moi-même aussi ?

Quelle distinction mettez-vous en ceci ?

lO.

Il4 CLYJIÈNE.

Très grande. Mais laissons à part la différence : Aussi-bien je craindrois de commettre une offense, Si i 'a vois entrepris de prouver contre vous Qu'autre chose est d'aimer nos qualités ou nous. Je vous dirai pourtant que mon amour extrême A pour premier objet votre personne même : Tout m'en semble charmant ; elle est telle qu'il faut : Mais pour vos qualités , j'y trouve du défaut.

Dites-nous quel il est, afin qu'on s'en corrige.

A C AN TE

■Vous n'aimez point l'Amoiu- ; vous le haïssez , dis-je ; Ce dieu près de votre ame a perdu tout crédit.

Je ne hais point l'Amour, je vous l'ai déjîi dit :

Je le crains seiUement , et serois plus contente

Si vous vouliez changer votre ardeur véhémente ,

En faire une amitié , quelque chose entre deux ;

IJn peu plus que ce n'est quand un cœur est sans feux j

Pleins aussi que l'état où le vôtre se treuve.

ACANTE

Tout de bon , voulez- vous que j'en fasse l'épreuve ? Que demain j'aime moins, et moins le jour d'après, Diminuant toujours , encor que vos attraits Augmentent en pouvoir? Le voulez-vous, madame ?

CLYMÈNE

Oni , puisque je l'ai dit.

ACANTE

L'avez- vous dit dans l'ame?

CLÏMÈNE.

Il .tant bien.

COMÉDIE. n5

A CAS TE

Songez-y; voyez si votre esprit Pourra voir ce dt'chet sans un secret de'pit. Peu de femmes feroient des vœirx pareils aux vôtres.

CLYMÈNE

Acante , je suis femme aussi-bien que les autres ; Mais je connois l'Aînour, c'est assez : j'ai raison D en combattre en mon cœur l'agréable poison. Voulez- vous procurer tant de mal à Clymène ? Vous l'aimez , dites-vous , et vous cherchez sa peine. K'allez point m'alléguer que c'est plaisir pour nous. Loin , bien loin tels plaisirs ; le repos est plus doux : Mon cœur s'en défendra ; je vous permets de croire Que je remporterai malgré moi la victoire.

Voilà du pathétique assez pour le présent : Sur le même sujet donnez-nous du plaisant,

MELPOMJiSE.

Qui ferons-nous parler?

APOLLON

Acante et sa maîtresse.

Sire , il faudroit avoir pour cela plus d'adresse. Rendre Acante plaisant I C'est un trop grand dessein.

APOLLON

Il est fou ; c'est déjà la moitié du chemin.

THALIE

Mais il l'est dans l'excès.

APOLLON

Tant mieux ; j'en suis fort aisf , Nous le demandons tel : je ne vois rien qui plaise ;

ii6 CLYMÈNE.

En matière d'amour, comme les gens outre's. Mille exemples pourroient vous eu être montrés.

MELP0MÈ5E.

Nous obéissons donc. Tu te souviens , Tlialie , D'un matin où Clymène , en son lit endormie. Fut, au bruit d'un soupir, éveillée en sui'saut, Et se mit contre Acante en colère aussitôt , Sans le voir; croyant même avoir fermé la porte. Mais qui pou voit , que lui , soupirer de la sorte? ■Vraiment vous l'entendez , avecque vos hélas , Dit la belle ; apprenez à soupirer plus bas. Il eut beau s'excuser sur l'ardeur de son zèle, L'ne forge feroit moins de bruit , reprit-elle , Que votre cœur n'en fait : ce sont tous ses plaisirs. Si je tourne le pied , matière de soupirs. Je ne vous vois jamais qu'en un chagrin extrême : C'est bien pour m'obliger à vous aimer de même !

ACANTE

Je ce le prétends pas.

CLYMÈNE

Séyez-vous siu" ce ht.

ACANTE

Moi?

CLYMÈNE

"Vous , sans répliquer.

ACANTE

Souffrez

CLYMÈNE

C est assez dit.

Là ; je vous veux voir Ih.

ACANTE

Madame

Là , vous dis-je.

Voyez qu'il a de mal ! Sa maîtresse l'oblige A s'asseoir sur un lit , quelle peine pour lui ! Savez-vous ce que c'est? je veux rire aujourd'hui. Point de discours plaintifs : bannissez , je vous prie , Ces soupirs à la voix du sommeil cnnerme ; Ttmoignez, s'il se peut, votre amour autrement. Mais que veut cette main, qui s'en vient brusquement?

C'est pom- vous obéir, et témoigner mon zèle.

C L Y 51 È îi E.

L'obéissance en est un peu trop ponctuelle;

>'ous vous en dispensons; Acante, soyez coi.

Si bien donc que votre ame est tout en feu povu' moi?

Tout en feu.

C1YMÈ5E.

Tous n'avez ni cesse ni relâclie?

Aucune.

Toujours pleurs, soupirs comme à la tùcLc ?

ACASTE

Toujours soupirs et pleurs.

Jeu veux avoir pitié. Allez , je vous promets —

Et quoi ?

/ CITMÈSE.

De l'iunitie'.

118 CLYME5E.

Ail ! madame , faut-il railler d'un misérable ?

CLTMÈNE.

Vous reprenez toujours votre ton lamentable; Oui , je ■vous veux aimer d'amitié malgré vous ; Mais si sensiblement, que je n'aie , entre nous , De là jusqu'à l'amour rien qu'un seul pas à faire.

Et quand le ferez- vous ce pas si nécessaire?

Jamais.

ACANTE

Reprenez donc l'offre de votre cœur.

ClYMÈNE.

Vous en aurez regret ; il a de la douceur.

Vous feriez beaucoup mieux d'e'prouver ses largesses.

Je baise mes amis , je leur fais cent caresses :

A l'égai'd des amants , tout leur est refusé.

ACANTE

Je ne veux point du tout , madame , être baisé. Vous riez ?

CLYMÈNE

Le moyen de s'empêcher de rire !

On veut baiser Acante ; Acante se retire.

ACANTE

Et le pourriez-vous voir traiter de son amour

Pour un simple baiser, souvent froid, toujours court .

On redouble en ce cas.

ACANTE

Oui, d'autres que Clymènc.

£"prouvez-Ie.

De quoi vous mettez-vous en pelue ?

Moi ? de rien.

Cependant je vois qu'en votre esprit Le refus de vos dons jette un secret de'pit.

CLYMÈNE

n est vrai , ce refus n'est pas fort à ma gloire. Dédaigner mes baisers ! cela se peut-il croire? Acante , je le vois , n'est pas fin à demi : Il devoit aujourd'hui promettre d'être ami ; Demain il eût repris son premier personnage.

ACANTE

Et Clymène auroit pu soufirir ce badinage ? Un baiser n'amoit pas irrite' ses esprits ?

au importe ? L'on s'appaise , et c'est autant de pris. ■N'eus eu pourriez déjà compter une douzaine.

Madame , c'en est trop : à quoi bon tant de peine ? Pom' douze d'amitié donnez-m'en un d'amour.

CLYMÈNE

C'est perdre doublement ; je le rendrois trop court.

Mais, madame, voyons.

CLYMÈNE

Mais, Acante, vous dis-je, L'amitié seulement à ces faveurs m'oblice.

AC ANTE

Eli bien ! Je consens d'être ami pour un moment.

Cl Y M ÈXE.

Sous la peau de 1 ami , je craiudrois que l'amant iVe demeurât caclië pendant tout le mystère. L'heure sonne, il est tard; n'avez-vous point affaire?

]Non ; et quand j'en aurois , ces moments sont trop doux.

CL Y MÈNE

Je me veux habiller ; adieu , retirez-vous.

APOLLON

Vous finissez bientôt !

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