‹ ThéâtreChapitre 57 sur 220 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MAniNETTE,

W DE Vois-je ? êtes-vous fou , Timante? Iguoicz-Vous

A quel point est féroce un Florentin jaloux ?

Vous êtes son rival. Transporté de colère ,

Il fait de vous tuer sa principale affaire ;

Et, loin d'en^^sager ces périls évidents,

Vous venez dans sa chambre ! Où donc est le bon sens ?

Oui, je sais tout cela, INIarinette; mais j'aime. Voyant sortir d ici le brutal Ilarpagéme, J'ai voulu profiter

M ARINETTE.

Vous ne savez donc pas ?.

.\ peine est-il sorti , «ju'il revient sur ses pas. Occupe seulement de l'âpre jalousie , Rien ne peut l'assurer; de tout il se défie. S'il faut , en revenant , qu'il vous trouve en ces lieux. ■ ,

TtMASTE.

Va , va , j'ai mes raisons pom pnroître à ses yeux.

i42 LE FLORE M IN.

!\îais , cle grâce , instruis-moi de ce que fait Hortense , De tout ce qu'elle dit , de tout ce qu'elle pense. Haipagême toujoius poursuit-il ses projets ? La tieut-il eufcrme'e encor ?

M A RI NETTE

Plus que jamais.

Pour la soustraire aux yeux de votre seigneiuie , Il met toiit en usage , artifice , industrie. Une chambre , où le jour n'entre que rarement , Est de la pauvre enfant l'unique appartement. Autour règne une épaisse et terrible muraiUe , De briques compose'e , et de pierres de taille. Un labyrinthe obscur, pénible à traverser, Offre, avant que d'entrer, sept portes à passer. Chaque porte , outre un nombre infini de fenures , Sous différents ressorts a quatre ou cinq serrures, Huit ou dix cadenas , et quinze ou vingt verroux. Voilà le plan du fort , où ce bourru jaloux Enferme avec grand soin la malheureuse Hortense. F.ucor ne la croit-il pas trop en assurance. Pour mettre sa personne à l'abri du danger, Seul il la voit, Ihaljille, et lui sert à manger; Seul il passe en tout temps la journée avec elle , A la voir tricotter ou blanchir sa dentelle. Par fois , pour lui fournir des passe-temps plus doux , Il lui lit les devoirs de l'épouse à l'époux ; Ou bien, pour l'égayer, prenant une guitai'e, 11 lui racle à l'oreille un air vieux et bizarre. La nuit, pour empcclier qu'on ne le trompe en rien, Une cloison sépare et son Ut et le sien. Le bruit d'une araignée alors qu'elle tricotte, Une mouche qui voie, une souris qui trotte,

COMÉDIE. l4î

Sont éléphants pour lui , qui l'alarment. Soudain Du haut jusques en bas , un pistolet en main , Ayant par ses clameurs e'veille' tout le monde, Il court, U cherche, il rode, U fait partout la ronde. Non , le diable , ennemi de tous les gens de bien , Le diable qu'on connoît diable , et qui ne vaut rien , Est moins jaloux, moins fou, moins méchant, moins bizarre, Moins envieux, moins loup , moins vilain , moins avare , Moins scélérat , moins chien , moins train-e , moins lutin , Que n'est, pour nos péchés, ce maudit Florentin.

Le malheureux ! l'on sait comment il traite Hortense : Par mes soins la justice en a pris connoissance. Je puis par un anêt tromper sa passion ; iMais je crains de le metue en exécution.

jM A R I s E T T E.

S'il falloit qu'il en eût la moindre connoissance, Le poignard aussitôt vous privcroit d Hortense. Parlant sur ce chapitre , il nous a dit cent fois , Qu'avant que se soumettre à la rigueur des lois Il choisiroit plutôt le parti de la pendre, Et qu'il aimeroit mieux l'étouffer que la rendre.

TIMANTE

Cette lettre pourra traverser ses desseins. A ses yeux je feindrai de la mettre en tes mains, Te priant de la rendre entre celles d' Hortense. Toi , pour ne point marquer aucune intelligence , Tu la refuseras , avec emportement.

MAniSETTE.

J'entends. Mais gardez-vous de lui dans ce moment ; 3 fait faire , dit-on , un ressort qu'il nous cache :

i44 LE FLORENTIN.

A l'achever dans peu son serrurier s'attache ; Déjà. . . .

TIMANTE

Le serrurier s'en est ouvert à moi.

C'est un homme d'honneur : il m'a donné sa foi ^ Moyennant quelqu.e argent que j'ai su lui promettre. De concert avec lui j'ai dicté cette lettre. Pour punir d'uu jaloiu les désirs déréglés , Je viens exprès. . . .

MARINETTE

11 entre. . . .

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