‹ ThéâtreChapitre 60 sur 220 · LE FLORENTIN · texte numérisé non relu

LE FLORENTIN

«( duira jusqu'à votre chambre. J'espère que la nuit ne se « passera pas sans que vous m'y voyiez. Je vous en avertis, c( afin que votre surprise ne vous fasse rien faire qui soit <( entendu de votre bourru. Le même passage vous servira «! pour vous faire sortir d esclavage, et vous mettre au pou- « voir de la personne qui vous aime le plus.

H verra , s'il y vient , un plat de mon métier;

Et je sors pour cela de chez le serrurier.

Ma foi , monsieur ïimante , on vous la garde bonne !

Oui, pour joindre en repos Hortense à ma personne,

J'ai besoin de sa mort. A tout examiner,

Le moyen le plus sûr est de l'assassiner.

J 'ai donc fi'it . pour cela , construire une machine :

Je la ferai poser dans la chambre voisine.

Presse par son amour, Timante s'y rendra;

Mais, au lieu d'y trouver Hortense, il s'y prendra.

Alors tout à mon aise, ayant eu main ma dague ,

Je vous la plongerai dans son sein, zague, zague,

Et le tuerai , ma mère , avec plaisir, Dieu sait !

Ensuite ou le mettra dans ma cave : hic jacet.

AGATHE

Quoi ! de tuer un homme auriez-vous conscience ? Loin que votre dessein vous fasse aimer d'Hortense , Ce coup augmentera sa haine, U est certain.

HARPAGÊME.

Bon ! bon ! morte est la bête , et mort est le venin. Depuis que dans ces lieux Hortense est enfermée , Qu'à ne plus voir Timante elle est accoutumée , Elle est déjà soiunise à vouloir m épouser. Pour l'y fortifier, j'ai su la disposer

COMÉDIE. i49

A voir un sien cousin , magistrat , homme sage , Qu'elle connoît de nom , et non pas de visage : Elle sait seulement qu'il est en grand crédit. Étant de ses parents , et de sublime esprit , Elle ne craindra point d ouvrir à sa prudence Les secrets de son cœur, et tout ce qu'elle pense ; Et comme ce grand homme est de mes bons amis , Afin de m'obliger, ma mire, il m'a promis Que selon mes désirs il tournera son ame.

AGATHE

Ce cousin entreprend de changer une fenrnie ! Il est donc assez vain de présumer de soi ? Et «juel est donc ce sot entrepreneur ?

C'est moi.

AGATHE

Vous?

H aupagëme.

Moi. De ce cousin j'avois la fantaisie : Depuis, prenant conseil d'un peu de jalousie Qui m'apprend que de tout il faut se défier, J'ai cru plus à propos de me la confier. Ce soir, 1 obscurité devenant favorable, Ayant la barbe et 1 air d un homme vénérable. En habit , et des pieds en tète revêtu Du fastueux dehors dune austère vertu.

Je prétends, selon moi, pétrir le cœur d'Hortense. Et par même moyen savoir ce qu'elle pense.

AGATHE

Gardez-vous d'accomplir ce dessein dangereux. Afin qu'en son ménage un homme soit heureux, Bannissant de chez lui toute lu défiance,

lâo LE F LORENTIN.

Loin de vouloir savoir ce que sa femme pense, Il doit fuir avec soin , comnie on fuit un forfait , L'occasion d'apprendre ou voir ce qu'elle fait.

H ARP A<iÊME.

chansons ! Rien ne me peut détourner de la cliose. Afin d'exécuter ce que je me propose , Faisons venir Hortense en cet appartement.

( Il sort, et l'on entend plnsieurs portes s'onvrîr. )

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