ACTE 1, SCÈNE IV
Ce n'est qu'oisiveté , que crainte , que foLblesse : Le nombre des amis, la grandeur, la noblesse, Et tant d'autres degrés, pour un jour pai venir Au rang que ses aïeux ont jadis su tenir. Sont des noms odieux, dont cette ame abattue A toujours craint de voir sa flamme combattue : Et quelque bon dessein qu'enfin il ait formé, Il ne sauroit quitter ce logis trop aimé. ye s'en revient-il pas me changer de langage ?
S C È jN E V.
PHÉDRIE, PARMENON.
Sans mentir, c'est à vous d'entreprendre un voyage. Quoi ! déjà de retour? Vous savez vous hâter.
PHÉDRIE.
Pour te dire le vrai, j'ai peine à la quitter.
PARMENOS.
Du lieu d'où vous venez dites-nous quelque chose : Les champs auroieut-ils fait une métamorphose ? Et depuis le long temps que vous êtes parti , Ce violent désir s'cst-il point amorti ?
PHÉDRIE.
Pourquoi s'embarrasser d'un voyage inutile ? Si Thrason dés l'abord fait présent de PamphUe, Thaïs ayant sa sœur peut lui manquer de foi.
Mais s'il retient aussi Pamphilc auprès de soi ,
2+ L'EUÎ^UQUE.
Connoissant de ïbais les faveurs incertaines?
PHÉDHIE.
Ne puis-je pas toujours attendre dans Athènes ?i
Deux, jours sans vous montrer?
FHÉORIE.
Quatre , s'il est besoin.
PARMENON.
Du bonheur d'un rival vous seriez le témoin?
PHÉDRIE.
A te dire le vrai , ce seul penser me tue.
Je vois bien qu'il vaut mieux m'éloigner de leur vue:
Adieu,
Combien de fois voulez- vous revenir?
PHÉDRIE, revenant.'
J'omettois, en effet, qu'il te faut souvenir
De m'envoyer quelqu'un, si Thaïs me rappelle;
Mais que le messager soit discret et fidèle.
Et surtout diligent , c'est le principal point :
Pour toi , prends garde à tout, et ne t'épargne point.
PARMENON..
Je n'ai que trop d'emploi, n'ayez peur que je chôme.
PHÉDRIE, revenant.
A propos , prends le soin de bien styler notre homme.
PARMENON.
Quel homme ?
PHÉDRIE.
Notre eunuque.
ACTEI,SCÊ>'EV. 2
A servir d'espion ?
PHÉDR IZ.
Il le faut employer dans cette occasion.
PAnME50?î, voyant Ph-drle s'en aller.
Que de desseins en l'air son zirdeur se propose !
PHEDRIE, revenant, et donnant une bourse à Parmenon.
Je savois bien qu'encor j'oubliois cpielque chose : Aux valets de Thaïs, tiens, fais qpelque présent; C'est de tous les secrets le meilleur à présent.
Est-ce là le de'pit conçu pour cette injure ? IS'avez-vous fait serment que pour être parjure?
PH ÉDHIE.
Voudrois-tu que jamais on ne pût m'apaiser?
parmeson.
Votre bon naturel ne se peut trop priser : Qui pardonne aisément , mérite qu'on le loue.
PH ÉnniE.
Vraiment je suis d'avis qu'un esclave me joue, Qu'il tranche du raiileiu-, qu'U fasse l'entendu.
Quoi 1 vous voulez qu'encor tout ceci soit perdu ?
p H ÉDRI E.
Garde bien au retour de m'en rendre une obole.
Vous serez obéi , monsieur, sur ma parole.
La FoDtisine. Théâtre. ^
PHÉDniE.
Je l'entends d'autre sorte, et veux qu'on donne à tous.
P AnM ENON.
^'ou5 pouvons leur donner, et retenir pour nous.
PH éduie. Adieu , que du soldat siu'-tout il te souvienne.
PARMENON.
Fuyons vite d'ici , de peur qu'il ne revienne.