‹ ThéâtreChapitre 100 sur 213 · ACTE I, SCENE I iSy · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I iSy

Il affecte un repos dont il ne peut jouir.

C'est en vain que, forçant ses soupçons ordinaires, Il se rend accessible à tous les janissaires H se souvient toujours que son inimitié Voulut de ce grand corps retrancher la moitié, Lors que, pour affermir sa puissance nouvele. Il vouloit, disoit-il, sortir de leur tutele. Moy-mesme j*ay souvent entendu leurs discours : Comme il les craint sans cesse, ils le craignent toujours. Ses caresses n'ont point effacé cette injure. Vostre absence est pour eux un sujet de murmure ; Ils regrettent le temps, à leur grand cœur si doux. Lors qu'assurez de vaincre, ils combattoient sous vous.

ACOMAT

Quoy! tu crois, cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur et vit dans leur pensée? Crois-tu qu'ils me suivroient encore avec plaisir, Et qu'ils reconnoistroient la voix de leur visir?

OSMIN

Le succès du combat réglera leur conduite.

Il faut voir du sultan la victoire ou la fuite. Quoiqu'à regret, Seigneur, ils marchent sous ses lois. Ils ont à soutenir le bruit de leurs exploits. Ils ne trahiront point l'honneur de tant d'années. Mais enfin le succès dépend des destinées.

Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur, Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur. Vous les verrez, soumis, rapporter dans Bysance L'exemple d'une aveugle et basse obéissance.

Mais, si dans le combat le destin plus puissant Marque de quelque affront son empire naissant. S'il fuit, ne doutez point que, fiers de sa disgrâce,

i58 BAJAZET

A la haine bien-tost ils ne joignent l'audace. Et n'expliquent, Seigneur, la perte du combat Comme un arrest du Ciel qui réprouve Âmurat* Cependant, s'il en faut croire la renommée.

Il a depuis trois mois fait partir de l'armée Un esclave chargé de quelque ordre secret.

Tout le camp interdit trembloit pour Bajazet : On craignoit qu'Amurat, par un ordre severe.

N'envoyât demander la teste de son frère.

ACOMAT

Tel estoit son dessein. Cet esclave est venu. Il a monstre son ordre, et n'a rien obtenu.

OSMIN

Quoy, Seigneur ! le sultan reverra son visage Sans que de vos respects il luy porte ce gage?

AcOMAT.

Cet esclave n'est plus : un ordre, cher Osmin, L'a fait précipiter dans le fond de l'Euxin.

Osmin.

Mais le sultan, surpris d'une trop longue absence. En cherchera bien-tost la cause et la vengeance. Que luy répondrez-vous ?

AcOMAT.

Peut-estre avant ce temps Je sçauray l'occuper de soins plus importans. Je sçais bien qu'Amurat a juré ma ruine, Je sçais à son retour l'accueil qu'il me destine. Tu vois, pour m'arracher du cœur de ses soldats, Qu'il va chercher sans moy les sièges, les combats. Il commande l'armée; et moy, dans une ville.

Il me laisse exercer un pouvoir inutile.

Quel employ, quel séjour, Osmin, pour un visir!

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