‹ ThéâtreChapitre 102 sur 213 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Sur la foy de ses pleurs ses esclaves tremblèrent, De rheureux Bajazet les gardes se troublèrent, Et, les dons achevant d'ébranler leur devoir, Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir. Roxane vit le prince, elle ne put luy taire L'ordre dont elle seule estoit dépositaire.

Bajazet est aimable. Il vit que son salut Dépendoit de luy plaire, et bientost il luy plut. Tout conspiroit pour luy. Ses soins, sa complaisance. Ce secret découvert, et cette intelligence.

Soupirs d'autant plus doux qu'il les falloit celer, L'embarras irritant de ne s'oser parler, Mesme témérité, périls, craintes communes.

Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux-mesmes dont les yeux les dévoient éclairer. Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSMIN

Quoy ! Roxane, d'abord leur découvrant son ame, Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flâme ?

ACOMAT

Ils l'ignorent encore , et jusques à ce jour

Atalide a preste son nom à cet amour.

Du père d'Amurat Atalide est la nièce,

Et mesme, avec ses fils partageant sa tendresse.

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince en apparence elle reçoit les vœux;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane,

Et veut bien sous son nom qu'il aime la sultane.

Cependant, cher Osmin, pour s'appuïer de moy.

L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foy.

Osmin.

Quoy ! vous l'aimez. Seigneur ?

Racine, Ih ai

i62 BAJAZET

ACOMAT

Voudrois-tu qji'à mon âge Je fisse de Talnour le vil aprentissage?

Qu'un cœur qu'ont endurci la fougue, et les ans Suivist d'un vain plaisir les conseik imprudens ? C'est par d'autres attraits qu'elle f^aist à ma veuë. J'aime en elle le sang dont elle e$t doscencbië. Par elle Bajazet, en m'approchant de luy.

Me va contre luy-mesme assurer un appuy.

Un visir aux sultans fait toujours quelque ombrage : A peine ils l'ont choisi qu'ils craignent leur ouvrage; Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir, £t jamais leurs chagrins ne nous lais^CHit vieillir. Bajazet aujourd'huy m'honore et me caresse.

Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse ; Ce mesme Bajazet, sur le trône affermi, Méconnoistra peut-estre un inutile ami.

Et moy, si mon devoir, si ma foy ne l'arreste. S'il ose quelque jour me demander ma teste... : Je ne m'explique point, Osmin; mais je pretens Que du moins il faudra la demander long-temps. Je sçay rendre aux sultans de fidelles services; Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, . £t ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé.

Voilà donc de ces lieux ce qui m'ouvre l'entrée. Et comme enfin BLgxane à mes yeux s'est montrée. .. Invisible d'abord, elle entendoit ma voix, Et craignoit du serrail les rigoureuses loix; , Mais enfin, bannissant cette importune crainte. Qui dans nos entretiens jettoit trop de contrainte^ Elle mesme a choisi cet endroit écarté,

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