‹ ThéâtreChapitre 104 sur 213 · ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE · texte numérisé non relu

ROXANE, ATALIDE, ZATIME, ZAÏRE

ROXANE

i.nfin, belle Atalide, Il faut de nos destins que Bajazet décide.

Pour la dernière fois je le vais consulter :

Je vais sçavoir s'il m'aime.

Est-il temps d'en douter^ Madame? Hâtez-vous d'achever vostre ouvrage.

Vous avez du visir entendu le langage ; Bajazet vous est cher : sçavez-vous si demain Sa liberté, ses jours, seront en vostre main? Peut-estre en ce moment Amurat en furie S'approche pour trancher une si belle vie.

Et pourquoy de son cœur doutez-vous aujourd'hui?

RoxANE.

Mais m'en répondez-vous, vous qui parlez pour luyt

Atalide.

Quoy, Madame ! les soins qu'il a pris pour vous plaire;» Ce que vous avez fait, ce que vous pouvez faire, Ses périls, ses respects, et sur tout vos appas, Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas ? Croyez que vos bontez vivent dans sa mémoire,

RoXANE.

Helas! pour mon repos que ne le puis-je croire? Pourquoy faut-il au moins que pour me consoler L'ingrat ne parle pas comme on le fait parler?

i66 BAJAZET

Vingt fois, sur vos discours pleine de confiance. Du trouble de son cœur jouissant par avance, Moy-même j'ay voulu m'assurer de sa foy, Et Tay fait en secret amener devant moy.

Peut-estre trop d'amour me rend trop difficile. Mais, sans vous fatiguer d*un récit inutile, Je ne retrouvois point ce trouble, cette ardeur. Que m'avoit tant promis un discours trop flatteur. Enfin, si je luy donne et la vie et l'empire. Ces gages incertains ne me peuvent suffire.

Atalide.

Quoy donc! à son amour qu'allez-vous proposer?

ROXANE

S'il m'aime, dés ce jour il me doit épouser.'

Atalide.

Vous épouser ! O Ciel ! que pretendez-vous faire ?

RoXANE.

Je sçay que des sultans l'usage m'est contraire; Je sçay qu'ils se sont fait une superbe loy De ne point à l'hymen assujettir leur foy.

Parmi tant de beautez qui briguent leur tendresse. Ils daignent quelquefois choisir une maistresse; Mais, toujours inquiète avec tous ses appas.

Esclave, elle reçoit son maistre dans ses bras; Et, sans sortir du joug où leur loy la condamne. Il faut qu'un fils naissant la déclare sultane. Amurat, plus ardent, et seul jusqu'à ce jour, A voulu que l'on dût ce titre à son amour.

J'en receus la puissance aussi-bien que le titre. Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre. Mais ce même Amurat ne me promit jamais Que l'hymen dût un- jour couronner ses bienfaits.

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