‹ ThéâtreChapitre 11 sur 213 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

BERENICE, PHENICE.

Phenice.

Que je le plains! Tant de fidélité.

Madame, meritoit plus de prospérité.

Ne le plaignez-vous pas ?

Bérénice.

Cette prompte retraite Me laisse, je l'avoue, une douleur secrette.

Pheniçe.

Je l'aurois retenu.

Bérénice.

Qui? moyj? le retenir?

J'en dois perdre plûtost jusques au souvenir. Tu veux donc que je flatte une ardeur insensée?

Phenice.

Titus n'a point encore expliqué sa pensée.

Rome vous voit, Madame, avec des yeux jaloux; La rigueur de ses loix m'épouvante pour vous. L'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine. Rome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

Bérénice.

Le temps n'est plus, Phenice, où je pouvois tremblera Titus m'aime, il peut tout, il n'a plus qu'à parler.

II verra le sénat m'apporter ses hommages, Et le peuple de fleurs couronner ses images.

De cette nuit, Phenice, as-tu vu la splendeur? Tes yeux ne sont-ils pas tous pleins de sa grandeur? Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée. Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette armée, Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat.

Qui tous de mon amant empruntoient leur éclat; Cette pourpre, cet or, que rehaussoit sa gloire. Et ces lauriers encor témoins de sa victoire; Tous ces yeux qu'on voyoit venir de toutes parts Confondre sur luy seul leurs avides regards; Ce poft majestueux, cette douce présence...

Ciel! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret Tassuroient de leur foy ! Parle : peut-on le voir sans penser, comme moy, Qu'en queJque obscurité que le sort Teût fait naître, Le monde, en le voyant, eût reconnu son maistre? Mais, Phenice, où m'emporte un souvenir charmant?

Cependant Rome entière en ce même moment Fait des vœux pour Titus, et par des sacrifices De son règne naissant célèbre les prémices.

Que tardons-nous? Allons, pour son empire heureux, Au Ciel, qui le protège, offrir aussi nos vœux. Aussi-tost, sans l'attendre et sans estre attendue, Je reviens le chercher, et, dans cette entrevue, Dire tout ce qu'aux cœurs l'un de l'autre contens Inspirent des transports retenus si long-temps.

FIN DU PREMIER ACTE

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