ACTE IV. SCENE V
Tu pleures, malheureuse? Ah! tu devois pleurer
Lors que, d'un vain désir à ta perte poussée,
Tu conçus de le voir la première pensée.
Tu pleures? Et l'ingrat, tout prest à te trahir.
Prépare les discours dont il veut t'éblouïr.
Pour plaire à ta rivale il prend soin de sa vie.
Ah ! traistre, tu mourras ! Quoy ! tu n'es point partie?
Va ! Mais nous-même allons, précipitons nos pas.
Qu'il me voye, attentive au soin de son trépas,
Luy montrer à la fois et l'ordre de son frère
Et de sa trahison ce gage trop sincère.
Toi, Zatime,- retien ma rivale en ces lieux.
Qu'il n'ait en expirant que ses cris pour adieux.
Qu'elle soit cependant fidellement servie;
Prens soin d'elle : ma haine a besoin de sa vie.
Ah ! si, pour son amant facile à s'attendrir,
La peur de son trépas la fît presque mourir.
Quel surcroist de vengeance et de douceur nouvelle
De le montrer bientost pâle et mort devant elle,
De voir sur cet objet ses regards arrestez
Me payer les plaisirs que je leur ay prestez!
Va, retien-la. Sur tout garde bien le silence.
Moy... Mais qui vient icy différer ma vengeance?