‹ ThéâtreChapitre 154 sur 213 · ACTE V, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XI

Luy-mesme, d'aussi loin qu'il nous a veu paraistre : « Adorez, a-t-il dit, l'ordre de vostre maistre. De son auguste seing reconnoissez les traits, Perfides, et sortez de ce sacré palais. »

A ce discours, laissant la sultane expirante. Il a marché vers nous, et, d'une main sanglante. Il nous a déploie l'ordre dont Amurat Autorise ce monstre à ce double attentat.

Mais, Seigneur, sans vouloir l'écouter davantage, Transportez à la fois de douleur et de rage, Nos bras impatiens ont puni son forfait.

Et vengé dans son sang la mort de Bajazet.

Atalide.

Bajazet!

ACOMAT

Que dis-tu?

OSMIN

Bajazet est sans vie.

Uignoriez-vous?

Atalide.

OCiel!

OSMIN

Son amante en furie Prés de ce lieu, Seigneur, craignant vostre secours, Avoit au nœud fatal abandonné ses jours.

Moy-mesme des objets j'ay veû le plus funeste, Et de sa vie en vain j'ay cherché quelque reste. Bajazet estoit mort. Nous l'avons rencontré De morts et de mourans noblement entouré. Que, vengeant sa défaite, et cédant sous le nombre. Ce héros a forcez d'accompagner son ombre.

Mais, puisque c'en est fait, Seigneur, songeons à nous.

2Îa BAJAZET

ACOMAT

Ah! destins ennemis, où me reduisez-vous !

Je sçais en Bajazet la perte que vous faites. Madame. Je sçais trop qu'en l'état où vous estes, Il ne m'appartient point de vous offrir Tappuj De quelques malheureux qui n'esperoient qu'en luy. Saisi, désespéré d'une mort qui m'accable, Je vais non point sauver cette teste coupable. Mais, redevable aux soins de mes tristes amis, Défendrejusqu'au bout leurs jours qu'ils m'ont commis. Pour vous, si vous voulez qu'en quelqu'autre contrée Nous allions confier vostre teste sacrée, Madame, consultez. Maistres de ce palais, Mes fidelles amis attendront vos souhaits.

Et moy, pour ne point perdre un temps si salutaire, Je cours où ma présence est encor nécessaire. Et, jusqu'au pied des murs que la mer vient laver. Sur mes vaisseaux tout prests je viens vous retrouver.

Page 1