ACTE h SCENE III aSi
MoNIBfE.
Je croy que je vous suis connus.
Ephese est mon pals. Mais je suis descendue D'ayeux, ou rois, Seigneur, ou héros, qu'autrefois Leur vertu chez les Grecs mit au dessus des rois. Mithridate me vit. Ephese et Tlonie  son heureux empire estoit alors unie.
Il daigna m*envoyer ce gage de sa foy.
Ce fut pour ma famille une suprême loy.
Il fallut obeïr. Esclave couronnée, Je partis pour l'hymen où j'estois destinée.
Le roy, qui m'attendoit au sein de ses Estats, Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas, Et, tandis que la guerre occupoit son courage, M'envoya dans ces lieux éloignez de l'orage.
J'y vins. J'y suis encor. Mais cependant. Seigneur, Mon père paya cher ce dangereux honneur, Et les Romains vainqueurs pour première victime Prirent Philopœmen, le père de Monime.
Sous ce titre funeste il se vit immoler.
Et c'est de quoy, Seigneur, j'ay voulu vous parler. Quelque juste fureur dont je sois animée.
Je ne puis point à Rome opposer une armée.
Inutile témoin de tous ses attentats.
Je n'ay pour me vanger ni sceptre ni soldats. Enfin, je n'ay qu'un cœur. Tout ce que je puis faire, C'est de garder la foy que je dois à mon père, De ne point dans son sang aller tremper mes mains, En épousant en vous l'allié des Romains.
Pharnace.
Que parlez-vous de Rome et de son alliance?
i5a MITHRIDATE
Pourquoy tout ce discours et cette défiance?
Qui vous dit qu'avec eux je prétens m'allier?
MONIME
Mais vous-mesme, Seigneur, pouvez-vous le nier? Comment m*ofîririez-vous l'entrée et la couronne D'un pais que par tout leur armée environne.
Si le traitté secret qui vous lie aux Romains Ne vous en assuroit l'empire et les chemins?
Pharnace.
De mes intentions je pourrois vous instruire, Et je sçay les raisons que j'aurois à vous dire, Si, laissant en effet les vains déguisemens, Vous m'aviez expliqué vos secrets sentimens.
Mais enfin je commence, après tant de traverses, Madame, à rassembler vos excuses diverses.
Je croy voir Tinterest que vous voulez celer, Et qu'un autre qu'un père icy vous fait parler.
XlPHARÉS.
Quel que soit l'interest qui fait parler la reine,
La réponse. Seigneur, doit-elle estre incertaine?
Et contre les Romains vostre ressenjimefit
Doit-il, pour éclatter, balancer un moment?
Quoy! nous aurons d'un père entendu la disgrâce.
Et, lents à le venger, promts à remplir sa place.
Nous mettrons nostre honneur et son sang en oubly?
Il est mort. Sçavons-nous s'il est ensevely?
Qui sçait si, dans le temps que vostre ame empressée
Forme d'un doux hymen l'agréable pensée.
Ce roy, que l'Orient, tout plein de ses exploits,
Peut nommer justement le dernier de ses rois.
Dans ses propres Estats privé de sépulture.
Ou couché sans honneur dans une foule obscure.