SCENE PREMIERE
MONIME, PHŒDIME.
aUOY!
Qua lites-
Phœdime.
|uoyI vous estes icy quand Mithridate arrive! Quand, pour le recevoir, chacun court sur la rive! Que^ites-vous, Madame, et quel ressouvenir Tout à coup vous arreste et vous fait revenir? N'offenserez-vous point un roy qui vous adore, Qui, presque vostre espoux...
MONIME
Il ne l'est pas encore, Phœdime, et jusques-là je croi que mon devoir Est de l'attendre icy, sans l'aller recevoir.
Phœdime.
Mais ce n'est point. Madame, un amant ordinaire. Songez qu'à ce grand roy promise par un père, Vous avez de ses feux un gage solennel.
Qu'il peut, quand il voudra, confirmer à l'autel. Croïez-moy, montrez-vous, venez à sa rencontre.
MONIME
Regarde en quel estât tu veux que je me montre. Racine. II. 33
sS8 MITHRIDATE
Voi ce Visage en pleurs, et, loîn de le chercher, Di-moy plûtost, di-moj que je m'aille cacher.
Phœdime.
Que dites-vous? O dieux!
MONIME
Ah ! retour qui me tué !
Malheureuse ! Comment paroistray-je à sa veuë, Son diadème au front, et dans le fond du cœur, Phœdime... Tu m'entens, et tu vois ma rougeur.
Phœdime.
Ainsi vous retombez dans les mesmes allarmes Qui vous ont dans la Grèce arraché tant de larmes ? Et toujours Xipharés revient vous traverser?
MONIME
Mon malheur est plus grand que tu ne peus penser. Xipharés ne s'offroit alors à ma mémoire Que tout plein de vertus, que tout t>rillant de gloire. Et je ne sçavois pas que, pour moy plein de feux, Xipharés des mortels fust le plus amoureux.
Phœdime.
Il vous aime. Madame! Et ce héros aimable...
MONIME
Est aussi malheureux que je suis misérable.
Il m'adore, Phœdime, et les mesmes douleurs Qui m'affligeoient icy le tourmentoient ailleurs.
Phœdime.
Sçait-il en sa faveur jusqu'où va vostre estime? Sçait-il que vous l'aimez?
Il l'ignore, Phœdime.
Les dieux m'ont secourue, et mon cœur affermi N'a rien dit, ou du moins n'a parlé qu'à demi.