‹ ThéâtreChapitre 172 sur 213 · ACTE II. SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE III

Toujours du même amour tu me vois enflamé.

Ce cœur, nourri de sang et de guerre affamé, Malgré lefaK^Ses ans et du sort qui m'opprime, Traîne par tout Tamour qui l'attache à Monime. Et n'a point d'ennemis qui lui soient odieux Plus que deux fils ingrats que je trouve en ces lieux.

Arbate.

Deux fils. Seigneur!

MiTHRIDATE.

Écoute. A travers ma colère Je veux bien distinguer Xipharés de son frère. Je sçay que, de tout'temps à mes ordres soumis, Il hait autant que moy nos communs ennemis Et j'ay veu sa valeur, à me plaire attachée, Justifier pour luy ma tendresse cachée.

Je sçais même, je sçais avec quel desespoir, A tout autre interest préférant son devoir, Il courut démentir une mère infidelle. Et tira de son "trime une gloire nouvelle; Et je ne puis encor ni n'oserois penser Que ce fils si fidelle ait voulu m'offenser.

Mais tous deux en ces lieux que pouvoient-ils attendre? L'un et l'autre à la reine ont-ils osé prétendre? Avec qui semble-t-elle en secret s'accorder?

Moy-même de quel œil dois-je icy l'aborder?

Parle. Quelque désir qui m'entraîne auprès d'elle, Il me faut de leurs cœurs rendre un conte fidelle. Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'as-tu vu? Que sçais-tu? Depuis quel temps, pourquoy, comment t'es-tu rendu?

Arbate.

Seigneur, depuis huit jours l'impatient Pharnace Aborda le premier au pié de cette place,

s62 MITHRIDATE

Et, de Yostre trépas autorisant le brait.

Dans ces murs aussi-tost Youlut estre introduit.

Je ne m'arrestay point à ce brait téméraire;

Et je n'écoutois rien, si le prince son frère.

Bien moins par ses discours, Seigneur,que par ses pleurs.

Ne m*eust en arrivant confirmé vos malheurs.

MiTHRIDATE.

Enfin que firent-ils?

AltBATC.

Phamace entroit à peine.

Qu'il courat de ses feux entretenir la reine, Et s'offrir d'assurer par un hymen prochain Le bandeau qu'elle avoit reçu de vostre main.

MrTHRIDATE.

Traistre ! sans luy donner le loisir de répandre Les pleurs que son amour auroit dûs à ma cendre ! Et son frère ?

Arbate.

Son frère, au moins jusqu'à ce jour.

Seigneur, dans ses desseins n'a point marqué d'amour. Et toujours avec vous son cœur d'intelligence N'a semblé respirer que guerre et que vengeance.

MiTHRIDATE.

Mais encor quel dessein le conduisoit icy?

ÂRBATE.

Seigneur, vous en serez tost ou tard éclaircy.

MiTHRIDATE.

Parle, je te l'ordonne, et je veux tout apprendre.

Arbate.

Seigneur, jusqu'à ce jour ce que j'aj pu comprendre, Ce prince a crû pouvoir, après vostre trépas. Conter cette province au rang de ses Estats ;

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