ACTE m, SCENE I
Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie. Vous avez vu l'Espagne, et sur tout les Gaulois, Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois , Exciter ma vengeance, et jusques dans la Grèce , Par des ambassadeurs accuser ma paresse.
Ils sçavent que, sur eux prest à se déborder, ; Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder; Et vous les verrez tous, prévenant son ravage, ; Guider dans l'Italie et suivre mon passage. /
C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin y Vous trouverez par tout l'horreur du nom romain , Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumez sa liberté mourante.
Non, Princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers, Et, de prés inspirant les haines les plus fortes. Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. Ah ! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur Spartacus, un esclave , un vil gladiateur.
S'ils suivent au combat des brigans qui les vangent. De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roy long-temps victorieux. Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses ayeux?
Que dis-je? En quel estât croyez-vous la surprendre? Vuide de légions qui la puissent défendre, Tandis que tout s'occupe à me persécuter.
Leurs femmes, leurs enfans, pourront-ils m'arrester?
Marchons, et dans son sein rejetions cette guerre Que sa fureur envoyé aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquerans si fiers. Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers. Annibal l'a prédit, croyons-en ce grand homme,
Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu.
Brûlons ce Capitole où j'estois attendu.
Détruisons ses honneurs, et faisons disparaistre La honte de cent rois, et la mienne peut-estre; Et, la flâme à la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacroit à d'étemels affrons.
Voila l'ambition dont mon ame est saisie.
Ne croyez point pourtant qu'éloigné de l'Asie, J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs. Je sçais où je luy dois trouver des défenseurs. Je veux que, d'ennemis par tout enveloppée, Rome rappelle en vain le secours de Pompée.
Le Parthe , des Romains comme moy la terreur, Consent de succéder à ma juste fureur.
Prest d'unir avec moy sa haine et sa famille , Il me demande un fils pour époux à sa fille.
Cet honneur vous regarde, et j'ay fait choix de vous, Pharnace. Allez, soyez ce bienheureux époux.
Demain, sans différer, je prétens que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore, Vous que rien n'y retient, partez dés ce moment. Et méritez mon choix par vostre empressement. Achevez cet hymen; et, repassant l'Euphrate, Faites voir à l'Asie un autre Mithridate.
Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroy. Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moy.
Pharnace.
Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise ; Je l'admire; et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main.