‹ ThéâtreChapitre 182 sur 213 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Sur tout j*admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais, si j'ose parler avec sincérité, En estes-vous réduit à cette extrémité ?

Pourquoy tenter si loin des courses inutiles Quand vos Estats encor vous offrent tant d'aziles, Et vouloir affronter des travaux infinis.

Dignes plûtost d'un chef de malheureux bannis Que d'un roi qui n'aguere, avec quelque apparence, De l'aurore au couchant portoit son espérance, Fondoit sur trente Estats son thrône florissant. Dont le débris est même un Empire puissant ?

Vous seul. Seigneur, vous seul, après quarante années. Pouvez encor luter contre les destinées :

Implacable ennemi de Rome et du repos.

Contez-vous vos soldats pour autant de héros ? Pensez-vous que ces cœurs, tremblans de leur défaite, Fatiguez d'une longue et pénible retraite.

Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort, et le travail, pire que le danger?

Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie, Soûtiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ? Sera-t-il moins terrible et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville, à l'aspect de ses dieux?

Le Parthe vous recherche,et vous demande un gendre. Mais ce Parthe, Seigneur, ardent à nous défendre Lors que tout l'univers sembloit vous protéger, D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger? M'en iray-je moy seul, rebut de la Fortune, Essuïer l'inconstance au Parthe si commune, Et peut-estre, pour fruit d'un téméraire amour, Exposer vostre nom au mépris de sa cour ?

Du moins, s^il faut céder, si, contre nostre usage , Il faut d'un suppliant emprunter le visage, Sans m'envoyer du Parthe embrasser les genoux, Sans vous-même implorer des rois moindres que vous , Ne pourrions-nous pas prendre une plus seure voye? Jettons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joye. Rome 9 en vostre faveur facile à s'appaiser...

XlPHARÉS. ^

Rome, mon frère ! ô Ciel ! Qu'osez-vous proposer ? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie ? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie ? Qu'il se fie aux Romains, et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois ? Continuez, Seigneur. Tout vaincu que vous estes , La guerre , les périls, sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal , Plus conjuré contre-elle et plus craint qu'Annibal. Tout couvert de son sang, quoy que vous puissiez faire. N'en attendez jamais qu'une paix sanguinaire. Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Asie à cent mille Romains.

Toutefois épargnez vostre teste sacrée.

Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit , Et de vostre grand nom diminuer le bruit.

Vostre vengeance est juste; il la faut entreprendre. Brûlez le Capitole et mettez Rome en cendre.

Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins, Faites porter ce feu par de plus jeunes mains. Et, tandis que l'Asie occupera Pharnace, De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez. Laissez-nous, de vostre nom suivis,

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