ACTE m, SCENE I
Juati^er ^u tout que nous sommes vos fils.
EmHrâsiz par nos mains le couchant et l'aurore. Remplissez Tunivers, sans sortir du Bosphore. Que les Romains, pressez de l'un à l'autre bout, Doutent où vous serez, et vous trouvent partout. Dés ce même moment ordonnez que je parte.
Icy tout vous retient ; et moy tout m'en écarte. Et, si ce grand dessein surpasse ma valeur.
Du moins ce desespoir convient à mon malheur. Trop heureux d'avancer la fin de ma misère, J'iray... j'effaceray le crime de ma mère, Seigneur. Vous m'en voïez rougir à vos genoux, J'ay honte de me voir si peu digne de vous.
Tout mon sang doit laver une tache si noire.
Mais je cherche un trépas utile à vostre gloire, Et Rome, unique objet d'un desespoir si beau, Du fils de Mithridate est le digne tombeau.
MiTHRiDATE, s€ Uvant.
Mon fils, ne parlons plus d'une mère infidelle. Vostre père est content, il connoist vostre zele. Et ne vous verra point affronter de danger Qu'avec vous son amour ne veuille partager.
Vous me suivrez, je veux que rien ne nous sépare. Et vous, à m'obeïr, Prince, qu'on se prépare. Les vaisseaux sont tout prests. J'ay moy-mesme ordonné La suite et l'appareil qui vous est destiné.
Arbate , à cet hymen chargé de vous conduire, De vostre obéissance aura soin de m'instruire. Allez; et, soutenant l'honneur de vos ayeux.
Dans cet embrassement recevez mes adieux.
Pharnace. Seigneur. . .
28o MITHRIDATE
MiTHRIDATE.
Ma volonté , Prince, vous doit sufSre.
Obéissez. C'est trop vous le faire redire.
Pharnace.
Seigneur, si pour vous plaire il ne faut que perir> Plus ardent qu'aucun autre on m'y verra courir. Combattant à vos yeux permettez que je meure.
MrrHRIDATE.
Je vous ay commandé de partir tout à l'heure. Mais après ce moment. . . Prince, vous m'entendez» Et vous estes perdu si vous me répondez.
Pharnace.
Dûssiez-vous présenter mille morts à ma vue , Je ne sçaurois chercher une fille inconnue.
Ma vie est en vos mains.
MiTHRIDATE.
Ah 1 c'est où je t'attens.
Tu ne sçaurois partir, .perfide, et je t'entens. Je sçay pourquoy tu fuis l'hymen où je t'envoye. Il te fasche en ces lieux d'abandonner ta proye. Monime te retient. Ton amour criminel Prétendoit l'arracher à l'hymen paternel.
Ny l'ardeur dont tu sçais que je l'ay recherchée, Ny déjà sur son front ma couronne attachée, Ny cet azile mesme où je la fais garder, Ny mon juste courroux, n'ont pu t'intimMej^j L^^ Traistre, pour les Romains tes lasches complaisances N'estoient pas à mes yeux d'assez noires offenses. Il te manquoit encor ces perfides amours, Pour estre le supplice et l'horreur de mes jours. Loin de t'en repentir, je voy sur ton visage Que ta confusion ne part que de ta rage.