‹ ThéâtreChapitre 19 sur 213 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Voilà Tambition d'un cœur comme le mien.

Voyez-moy plus souvent et ne me donnez rien.

Tous vos momens sont-ils dévouez à Tempire?

Ce cœur après huit jours n*a-t-il rien à me dire? Qu'un mot va rassurer mes timides esprits !

Mais parliez-vous de moy quand je vous ay surpris? Dans vos secrets discours estois-je intéressée, Seigneur? £stois-je au moins présente à la pensée?

Titus.

N'en doutez point, Madame, et j'atteste les dieux Que toujours Bérénice est présente à mes yeux. L'absence ni le temps, je vous le jure encore. Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.

Bérénice.

Hé quoy! vous me jurez une éternelle ardeur.

Et vous me la jurez avec cette froideur?

Pourquoy même du Ciel attester la puissance?

Faut-il par des sermens vaincre ma défiance ? Mon cœur ne prétend point. Seigneur, vous démentir, Et je vous en croiray sur un simple soupir.

Titus.

Madame...

Bérénice.

Hé bien. Seigneur ? Mais quoy ! sans me répondre , Vous détournez les yeux et semblez vous confondre ! Ne m'offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe vostre esprit? Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore?

TiTUS.

Plût au Ciel que mon père, helas, vécust encore! Que je vivois heureux !

Kacine, U. .5

Bérénice.

Seigneur, tous ces regrets De vostre pieté sont de justes effets; Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire ; Vous devez d'autres soins à Rome, à vostre gloire: De mon propre interest je n'ose vous parler.

Bérénice autrefois pouvoit vous consoler :

Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée.

De combien de malheurs pour vous persécutée.

Vous ay-je pour un mot sacrifié mes pleurs!

Vous regrettez un père. Helas! foibles douleurs? Et moy (ce souvenir me fait frémir encore), On vouloit m'arracher de tout ce que j'adore; Moy, dont vous connoîssez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment ; Moy qui mourrois le jour qu'on voudroit m' interdire De vous...

Titus.

Madame, helas! que me venez-vous dire?

Quel temps choisissez-vous ? Ah ! de grâce, arrestez t C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontez.

Bérénice.

Pour un ingrat. Seigneur! Et le pouvez-vous estre? Ainsi donc mes bontez vous fatiguent peut-estre?

Titus.

Non, Madame. Jamais, puis qu'il faut vous parler. Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais ..

Achevez.

TlTUS^

Helast

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