ACTE IV, SCENE I
Je parle, et, trop facile à me laisser tromper, ;
Je luj marque le cœur où sa main doit frapper ! ^""^^
Phœdime.
Ah ! traitez-le, Madame, avec plus de justice. Un grand roy descend-il jusqu'à cet artifice ? A prendre ce détour qui l'auroit pu forcer?
Sans murmure à Tautel vous l'alliez devancer. Vouloit-il perdre un fils qu'il aime avec tendresse ? Jusqu'icy les effets secondent sa promesse.
Madame, il vous disoit qu'un important dessein Malgré luy le forçoit à vous quitter demain.
Ce seul dessein l'occupe, et, hastant son voyage, Luy-mesme ordonne tout, présent sur le rivage. Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats. Et par tout Xipharés accompagne ses pas.
D'un rival en fureur est-ce là la conduite ?
Et voit-on ses discours démentis par la suite ?
MONIME
Pharnace cependant, par son ordre arresté.
Trouve en luy d'un rival toute la dureté.
Phœdime, à Xipharés fera-t-il plus de grâce ?
Phœdime.
C'est Tamy des Romains qu'il punit en Pharnace, L'amour a peu de part à ses justes soupçons.
MONIME
Autant que je le puis je cède à tes. raisons. Elles calment un peu l'ennuy qui me dévore.
Mais pourtant Xipharés ne paroist point encore.
Phœdime.
Vaine erreur des amans , qui , pleins de leurs désirs, Voudroient que tout cédât au soin de leurs plaisirs ; Qui, prests à s'irriter contre le moindre obstacle... Racine. II. 37
MONIME
Ma Pbœdime, et qui peut concevoir ce miracle ? Après deux ans d'ennuis, dont tu sçais tout le poids^ Quoy ! je puis respirer pour la première fois ? Quoj, cher Prince ! avec toy je me verrois unie ? Et, loin que ma tendresse eust exposé ta vie, Tu verrois ton devoir, je verrois ma vertu, Approuver un amour si long-temps combattu ?
Je pourrois tous les jours t' assurer que je t'aime ? Que ne viens-tu?...