ACTE lU*, SCENE III
De ma présence encor j'importune vos yeux.
Peut-estre en ce moment je serois dans Ostie, S'il ne m'eust de sa cour défendu la sortie.
Bérénice.
Il vous cherche vous seul. Il nous évite tous.
Antiochus.
Il ne m'a retenu que pour parler de vous.
Bérénice.
De moj, Prince ?
Antiochus.
Oui, Madame.
Bérénice.
Et qu'a-t-il pu vous dire ?
Antiochus.
Mille autres mieux que moi pourront vous en instruire.
Quoy ! Seigneur. . .
Suspendez vostre ressentiment.
D'autres, loin de se taire en ce même moment, Triompheroient peut-estre, et, pleins de confiance, Cederoient avec joye à vostre impatience.
Mais moy, toujours tremblant, moy , vous le sçavez bien, A qui vostre repos est plus cher que le mien, Pour ne le point troubler j'aime mieux vous déplaire. Et crains vostre douleur plus que vostre colère. Avant la fin du jour vous me justifierez.
Adieu, Madame.
Bérénice.
O Ciel ! quel discours ! Demeurez.
Prince, c'est trop cacher mon trouble à vostre veuë. Vous voyez devant vous une reine éperdue.
Qui, la mort dans le sein, vous demande deux mots. Vous craignez, dites-vous, de troubler mon repos. Et vos refus cruels, loin d'épargner ma peine, Excitent ma douleur, ma colère, ma haine.
Seigneur, si mon repos vous est si précieux, Si moy-même jamais je fus chère à vos yeux, Eclaircissez le trouble où vous voyez mon ame. Que vous a dit Titus?
Antiochus.
Au nom des dieux. Madame...
Quoy ! vous craignez si peu de me désobéir?
Je n'ay qu'à vous parler pour me faire haïr.
Je veux que vous parliez.
Antiochus.
Dieux ! quelle violence !
Madame, encore un coup, vous louerez mon silence.
Bérénice.
Prince, dés ce moment contentez mes souhaits, Ou soyez de ma haine assuré pour jamais.
Antiochus.
Madame, après cela je ne puis plus me taire.
Hé bien, vous le voulez, il faut vous satisfaire. Mais ne vous flattez point : je vais vous annoncer Peut-estre des malheurs où vous n'osez penser. Je connoy vostre cœur : vous devez vous attendre Que je le vais frapper par Pendroit le plus tendre. Titus m'a commandé...
Bérénice.
Quoy?