ACTE IV. SCENE II 5i
Phenice.
Ouy, je l'ay veu, Madame, Et j'ay peint à ses yeux le trouble de vostre ame. J*ay vu couler des pleurs qu'il vouloit retenir.
Bérénice.
Vient-il?
' Phenice.
N'en doutez point, Madame, il va venir.
Mais voulez-vous paroistre en ce desordre extrême? Remettez-vous, Madame, et rentrez en vous-même. Laissez-moy relever ces voiles détachez, Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachez. Souffrez que de vos pleurs je repare l'outrage.
Bérénice.
Laisse, laisse, Phenice • il verra son ouvrage. Et que m'importe, helas ! de ces vains ornemens ? Si ma foy, si mes pleurs, si mes gemissemens, Mais que dis-je, mes pleurs? si ma perte certaine, Si ma mort toute preste enfin ne le rameine, Di-moy, que produiront tes secours superflus Et tout ce foible éclat qui ne le touche plus?
Phenice.
Pourquoy lûy faites-vous cet injuste reproche? J'entens du bruit, Madame, et l'empereur s'approche. Venez, f^yez la foule, et rentrons promptement : Vous l'entretiendrez seul dans vostre apartement.