ACTE V, SCENE V
Où par plus de transports et par plus de soupirs Je vous ay de mon cœur exprimé les désirs :
Ce jour surpasse tout. Jamais, je le confesse. Vous ne fustes aimée avec tant de tendresse, Et jamais...
Bérénice.
Vous m'aimez, vous me le soutenez, Et cependant je pars, et vous me l'ordonnez ? Quoy ! dans mon desespoir trouvez- vous tant de charmes? Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes ? Que me sert de ce cœur l'inutile retour ?
Ah ! cruel ! par pitié montrez-moy moins d'amour. Ne me rappeliez point une trop chère idée, Et lai»sez-moy du moins partir persuadée Que, déjà de vostre ame exilée en secret, J'abandonne un ingrat qui me perd sans regret. (7/ lit une lettre.) Vous m'avez arraché ce que je viens d'écrire. Voilà de vostre amour tout ce que je désire.
Lisez, ingrat, lisez, et me laissez sortir.
Titus.
Vous ne sortirez point, je n'y puis consentir. Quoy ! ce départ n'est donc qu'un cruel stratagème ? Vous cherchez à mourir? Et de tout ce que j'aime Il ne restera plus qu'un triste souvenir?
Qu'on cherche Antiochus, qu'on le fasse venir.
(Bérénice se laisse tomber sur un siège,)