TITUS, BERENICE
Titus.
Madame, il faut vous faire un aveu véritable. Lors que j'envisageay le moment redoutable Où, pressé par les loix d'un austère devoir, Il falloit pour jamais renoncer à vous voir; Quand de ce triste adieu je prévis les approches, Mes craintes, mes combats, vos larmes, vos reproches. Je preparay mon ame à toutes les douleurs Que peut faire sentir le plus grand des malheurs. Mais, quoi que je craignisse, il faut que je le die. Je n'en avois prévu que la moindre partie :
Je croyois ma vertu moins preste à succomber, Et j'ay honte du trouble où je la voy tomber. J'ay vu devant mes yeux Rome entière assemblée, Le sénat m'a parlé ; mais mon ame accablée Ecoutoît sans entendre, et ne leur a laissé Pour prix de leurs transports qu'un silence glacé. Rome de vostre sort est encore incertaine.
Moy-même à tous momens je me souviens à peine Si je suis empereur ou si je suis Romain.
Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein : Mon amour m'entraînoit, et je venois peut-estre Pour me chercher moy-même et'pour me reconnoistre. Qu'ay-je trouvé? Je voy la mort peinte en vos yeux; Je voy pour la chercher que vous quittez ces lieux. C'en est trop. Ma douleur, à cette triste veuê,