‹ ThéâtreChapitre 103 sur 238 · CLAVIJO, CARLOS · texte numérisé non relu

CLAVIJO, CARLOS

CLAVIJO, se levant de son secrétaire.

Cette feuille fera un bon effet ; elle tournera la tête à toutes les femmes. Dis-moi, Carlos, nec.rois-tu pas que mon journal est maintenant un des premiers de l'Europe?

CARLOS

Nous n'avons du moins en Espagne aucun auteur moderne capable de joindre à un style aussi brillant, aussi facile, une telle force de pensée, une telle richesse d'imagination.

Laisse-moi faire! je deviendrai en ce pays le créateur du bon goût. Les hommes sont portés à recevoir toute espèce d'impressions; j'ai de la réputation, j'ai la confiance du public; et, soit dit entre nous, chaque jour mes connaissances s'étendent, je sens plus fortement, et mon style acquiert plus de vérité et d'énergie.

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CARLOS

Il est vrai! mais, tii ne m'en voudras pas de te le dire, le^ 0iivra2es me semblaient meilleurs quand lu li*s écrivais aux pieiîs de Marie, quand cellj fdic aimable et enjouée pouvait t'inspirer. Je ne sais, mais l'ensemble oflrait quelque chose de plus fleuri, de plus juvénile.

CLAVIJO

C'était le bon temps, cher Carlos! mais il est passé! Je t'avoue, en effet, que j'écrivais alors avec un cœur plus gai, et même il e-t vrai que Marie eut beaucoup de part à l'accueil flatteur que le public me fit à mon début. Mais à la lou^^ue, Carlos, on se las^e des femmes : et ne fus-tu pas le prenuer à m'approuver quand je résolus de l'abandonner?

CARLOS

Tu te serais aigri. Elles sont trop uniformes, ces femmes ! seulement il serait temps, je pense, de songer à quelque nouvelle intrigue; car on ne parvient à rien quand on reste ainsi dans rinaction.

CLAVIJO

Le champ de mes intrigues, c'est la cour; et là point de repos. Pour un étrani:er an ivé ici sans état, sans nom, sans fortune, ne suis-je pas assez avancé? A la cour! au milieu d'une foule d'hommes oii il est si difficile de se faire remarquer? Avec quel plaisir je tourne mes regards sur le chemin que j'ai parcouru! Aimé des premiers du royaume, honoré pour mes connaissances et mon rang, archivisle du roi ! Carlos, tout cela m'éperonne; je ne suis rien, si je re^te ce que je suis î il faut s'élever, toujours s'élever ! mais il en coûte de la peine et de l'intrigue 1 on a besoin de toute sa tête, et les femmes, les femmes î on perd trop de temps avec elles.

CARLOS

Insensé que tu es, c'est ta Amie. Moi, je ne saurais vivre sans les femmes, et jamais elles ne m'éloignent de mon but. Aussi ne leurdis-je pas tant de jolies choses, el ne m'amusé-je pas des mois entiers à leur parler de sentiment et de semblables bagateles. D'ailleurs je n'aime pas du tout les femmes à grande vertu; on leur a bientôt dit ce qu'on veut leur dire,

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