‹ ThéâtreChapitre 104 sur 238 · ACTE i · texte numérisé non relu

ACTE i

ensuite on se numlre assidu jjeiulaiit queliiue lemp<, et à peine conirnencent elli s à s'enllammer (|ue les diablesses d'idées de mariage leur viennent, et qu'elles vous font des proiiositioMs que je crains comme la peste!... Mais te voilà rêveur, Clavijo!

CLAVIJO

Non, je ne puis oublier comme j'ai abandonné Marie, comme je l'ai trompée... Appelle cela comme lu voudras...

CARLOS

Tu es admirable, en vérité ! mais il me semble (pie l'on ne vit qu'une fois dans ce monde; (pie celte vigueur d'esprit, celte force de conce[)tion, on ne les a qu'une fois; que celui qui ne les met pas à profit, celui qui n'en lire pas tout ce qu'il peut, est un insensé. Et se marier! se marier précisément à l'âge oii la vie prend un noble élan; se ré^i^mr à l'ennui d'une vie domestique ; senfei mer, lorsqu'on n esl pas encore à la moitié de sa course, que l'on n'a pas fait encore la moitié de ses conquêtes! Aimer celte jeune lille était une chose naturelle; lui promellre de l'épouser c'était une folie; mais lui tenir parole c'eût été le dernier degié du délire.

Vraiment, je ne comprends pas les hommes! Je l'aimais sincèrement; elle m'attirait, me retenait près d'elle, et quand j'étais à ses pieds, je lui jurais, je me jurais de ne changer jamais, d'être son époux aussitôt (jue je pourrais obtenir une charge, une position; et à présent...

CARLOS

Bon ! lorsque tu seras un homme fait, que (u auras atteint le but de tes désirs, il sera temps alors de i hercher à t'allier par un heureux mariage à une famille riche et considérée, pour couronner et afiérmir ton bonheur.

CLAVIJO

Elle est disparue, entièrement disparue de mon cœur, et si son infortune ne la Ftippelait quelquefois à mon souvenir... que l'on est inconstant!

CARLOS

Ce serait d'être constant qu'il faudrait s'étonner. Regarde

152 CLAVIJO

autour de toi, tout ne changc-t-il pas dans le monde? Pourquoi nos idées ne cliangeraieut-elles pas aussi? Soistranijuille elle n'est pas l;i pretnière fille abandonnée, ni la première qui s'en soit consolée. Si j'ai un conseil à te donner, il y a là vi»à-vis une jeune veuve...

CLAVIJO

Tu sais le cas que je fais des propositions de ce genre; un roman qni ne s'engage pas de Ini-nième est incapable de m'intéresser...

CARLOS

Quelle délicatesse!

CLAVFJO.

Laissons cela, et songe que pour le moment notre principal travail doit être de nous rendie nécessaires au nouveau ministre. 11 est fâcheux pour nous que Whal ait abandonné le gouvernement des Indes. Au reste, cela ne m'eifraye pas; il aura toujours du crédit, il est linlime ami de Grimaldi, et nous autres nous savons parlei" et faire notre cour.

CARLOS

Et de plus penser et agir à notre volonté.

CLAVIJO

C'est là le point essentiel dans le monde, (u sonne, un domestique entre.) Poitez Cette feuille à l'imprimerie.

CARLOS

Vous verra-t-on ce soir?

CLAVIJO

Je ne crois pas. Cependant si lu veux passer chez moi...

CARLOS

Je vomirais bien faire ce soir quelque partie de plaisir pour /l'égayer un peu. Toute cette après-dinée je serai encore occupé à écrire. Cela n'en finit point.

CLAVIJO

Que veux-lu? si nous ne travaillions pas pour tant de monde, nous ne laisserions pas tant de monde derrière noua

Uâ sortent.

ACTK I. 15:^

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