ACTE I
fonçons dans la foret de Ilaslach. Rien do plus curieux que ce qui nous y e-t arrivé. Imaginez-vous que, pendant que nous marchions dans la nuil, un paire s'est trouvé là avec ses moutons; et voilà que cinq loups sont venus fondre tout à coup sur le troupeau, s'en donnant à cœur joie. Notre maître se prit à ^ir^•, et d.t : u Bon succès, cliers camaïades ! bon succès pour tout le monde, et pour nous aussi! « Comme nous nou.> réjouissions d'un si i'avorable augure, voilà Weislingen qui arrive avec quatre cavaliers.
BIAItlE.
Le cœur me bat !
LE CAVALIER
Mon camarade et moi, suivant l'ordre de notre maître, nous le prenons par le milieu du corps, et nous nous y cramponnons si bien, que nous ne faisions plus qu'un avec lui : il ne pouvait plus bouger. Pendant ce temps-là, notre maître et Jean tombent sur les cavaliers et s'en rendent maîtres. L'un d'eux s'est échappé.
ELISABETH
Je suis curieuse de le voir. Viendront-ils bientôt?
LE CAVALIER
Ils enfilent la vallée ; dans un quart d'heure ils sont ici.
MARIE
Il sera sans doute bien consterné?
LE CAVALIER
Il a l'air assez sombre.
MARIE
Son regard me fera mal.
ELISABETH
Ah ! Je vais vite préparer le diner. Vous devez avoir tous bien faim.
LE CAVALIER
Je vous en réponds.
ELISABETH
Marie, prends la chî de la cave et va tirer du meilleur vin. Us l'ont bien mérité !
Elle sort.
20 GŒTZ DE BEP.LIClllNGEX
CHAHLES.
Je veux aller avec toi, ma tante.
MAniE.
Viens, mon pelit.
Ils sortent.
LE CAVALIER
Il ne rcssomltlera jamais à son père, sans quoi il viendrait 4vec moi à récurie.
GŒTZ, WEISLLNGEN, CHARLES, Cavaliers.
GŒTZ, posant sur la table son casque et son épce.
Dégrafez ma cuirasse et donnez-moi ma veste. Il va me sen;l»Jer bien doux d'être à mon aise; frère Martin, tu disais vrai! — Vous nous avez tenus en haleine, Weislingen.
(Weislingen ne répond rien, et marche à grands pas dans la chambre.)
Prenez conr.ige! Allons, venez, désarmez-vous. Oii sont vos habits? J'espère qu'on ne vous a rien perdu. (a un des cavaiierï.) Appelle ses gens : ouvrez les paquets, et voyez à ce qne rien ne s'égare. — Je pourrais vous en prêter des miens.
WEISLIKGEN.
Laissez-moi : tout cela m'est indilTérent.
GŒTZ
Je pourrais vous prêter un bel habit bien fait, qui n'est que de simple toile, il est vrai. Il m'est devenu trop étroit. Je le portais aux noces de mon gracieux seigneur le comte palatin, précisément lorsque votre évoque me prit si fort en grippe : quinze jours auparavant j'avais coulé bas deux de ses bali^aux sur le Mein. J'étais, je m'en souviens, avec Franz de Sickingen, dans l'auberge du Cerf à Hcidelberg ; nous montions l'escalier. Pour arriver en haut il fallait traverser un palier entouré d'une petite rampe en fer, où se trouvait l'évêque. Il donna la main à Franz; et comme je suivais, il me la donna aussi. J'en ris à part moi, et m'approchant du landgrave de Banau, prince que j'aimais de tout mon cœur, je lui dis: « L'évêque vient de me donner la main, je gage qu'il ne m'a pas reconnu. » Comme je parlais exprès assez haut, l'évêque m'entendit, et vint à nous fièrement : <i Oui, dil-il, si je vous ai
ACTK I. n
donné la main, c'est que je ne vous connais pas. — Monseigneur, l'épondis-je, je m'en suis bien doulé; et moi, je vous la rends, voire main » Alors leçon du petit lionmie se gonfla, il devint rouge comme uneécrevi>se, et courut dans le salon se plaindre au comte |)alatin Louis et au prince de Nassau. Nous en avons sonveni ri depuis.
WElSLlNf.EN.
Je voudrais cpie vous me laissiez seul.
GŒTZ
Pourquoi cela? Meitez-vous à votre aise, je vous prie. Vous êtes en mon pouvoir, et je n'aurai garde d'en abuser.
WEISLIiNGEN.
Ce nest pas là ce qui m'inquiète, c'est votre devoir de chevalier.
GŒTZ
Et vous savez qu'il m*est s.icré.
WElSLliNGEn.
Je suis prisonnier; le reste m'est indifférent.
GŒTZ
Ne tenez pas ce langage. Si vous aviez affaire à un prmce, et qu'il vous jelàt au fond d'une tour, en donnant ordre à vos gardiens de sonner du cor pour vous empêcher de dormir!...
Les cavaliers apportent des vêtemenis; WeisliDgen Ate ses armes et s'habille. — Entre Charles,
CHARLES
Bonjour, père.
GŒTZ l'embrasse.
Bonjour, mon garçon. Comment avez-vous passé le temps ici?
CHARLES
Très-bien, mon père. Ma tante dit que je suis bien savant.
GŒTZ
Oui?
CHARLES
M'as-tu apporté quelque chose?
22 GŒTZ DE BERLICUINGEH.
GŒTZ
Non, p.is celle fois-ci.
CHARLES
C'est que j'ai bien travaillé-
GŒTZ
Ah!
CHARLES
Vein-lu savoir le conte de V Enfant pieux"!
Après dîner !
CHARLES
Je sais encore autre chose.
GŒTZ
Et quoi donc?
CHARLES
Jaxthausen est nn village avec un château sur la Jaxt, et appartient depuis deux cents ans, de père en fils, aux seigneui s de Berlichingen.
GŒTZ
Et connais-tu le seigneur de Berlichingen? (Charles le regarde avec des yeux étonné.-.) A pari. Je crois, en vérité, qu'avec toute <a science, il ne connaît pas son père. — A qui appartient Jaxthausen?
CHARLES
Jaxthausen est un village avec un château sur la Jaxt.
GŒTZ
Ce n'est pas cela que je le (.cmande. — Moi, je connaissais déjà tous les chemins, les sentiers, les gués, que je ne savais pas seulenicnl le nom du château, de la rivière, ni du village — Ta mère est à la cuisine?
CHARLES
Oui, mon père; elle est à faire cuire des navets et à faire rôtir (lu mouton.
GŒTZ
Tu sais tout cela, monsieur le cuisinier!
CHARLES
Et pour mon dcïScrt, ma tante me fait cuire une pomme.