‹ ThéâtreChapitre 127 sur 238 · LES HOMMES · texte numérisé non relu

LES HOMMES

Marie Beaumarchais.

Clavijo s'assieJ sur une pierre et s'enveloppe dans son manteaa. LE DOMESTIQUE revienL

lis enterrent Marie Beaumarchais.

CLAVIJO ie levant.

Devais-tu le répéter, tmître! ce mot terrible qui fige ma moelle dans mes os?...

LE DOMESTIQUE

Silence, monsieur! venez })romplement ; songez à quel

t^anger vous vous exposez.

CLAVIJO

Que l'enfer t'engloutisse ! Je reste.

LE DOMESTIQUE

0 Carlos! que ne puis-je te trouver! Carlos ! il est liors de lui!

Il sort. — On ^t aa foa 1 les hommes q«i doiveat enierrer Marie. CLAVUO.

Morte! Marie, moite! Voilà les flambeaux! voilà son lugubre cortège! — C'est un songe, sans doute, un fantôme qui vient ni'elTîayer et m'oflVir un miroir pro;'lié:iqne où se peint l'issue de mes trahisons. — 11 en est lenijis t.neure! Encore?... je frémi<, et mon cnenr est gîacc d'é|)0uvanle Aon, non î tu ne mourras point ! Me voici ' me voici ! Disparaissez, spectres de la nuit! qui me barrez le chemin par ros images terribles, (il s'ébnce vcr> eux.) Disparaissez! lis rc>teul immobiles, ils me regardent arec étoiinement! Malheur ! malheur à moi! ce sont des hommes comme moi ! Il est donc vrai?... il est vrai!.. . Peux-tu le penser? Elle est morte! Celte idée alfreuse se présente à mon âme égai-ée avec toutes les lior-

reurs lie la unit. Elle est niorle! celle fleur, la voilà à les [)ieds. — VA toi, Dieu du liel, pieuds pilii'de mon suri ! Ce n'esl pas moi qui l'ai luét;'. Étoile, caclkz-vous, ne jetez pas vos rej^ards sur moi, le traître! Vous qui m'avez vu tant de fois quitter le seuil de celte mai-on dans reîilhou>ia>m.' du plus ardent amour, lor>que ma lantaisie dorée remplissait cette rue de chants et de bruits de guitare, el que j'étais là, tremblant et yueltanl la jeune fille caché'' derrière sa jalousie ! et c'est moi, c'est moi qui ai nmpli cette niaison de deuil et de gémissements, qui l;iis lelenlir les cliaut- de mort dans ces lieux témoins de mon bonlieur! Marie! .Marie! emmènemoi! emmène-moi ! (On enlcna dan-: la Piaiïon (le Cuilhert quelques

sons d'uue niuique lu-ubre.) lls vout lu porter au tombeau. Arrêtez ! arrêtez ! ne fermez pas son cercueil ; laissez -moi la revoir

encore une fois! (il .s'approche de la maison de i.uilbeil.) Aux yeux

de qui vais-je me préstnler? la douleur les accable tous. Ses amis, son frère, dont le cœur est plein de regrets et de fureurs. . (La musique recommence.) Elle m'appe. le ! elle m'appelle! Je cours à toi ! Quelle angoisse me saisit ! quel tremblement retient mes pas !

La musique lugubre se fait entendre pour la lroi>iènGe fois et continue. Les torches s'agitent devant la porte : trois .lutres hommes se joignent aux premiers, et se placent en rang poi;r entourer le cortège qui tort de hi maison. Six autres portent les bâtons sur lesquels on voit le cercueil couvert.

GlILBERT et BUENCO, en grand deuil.

CLAYIJO, s' avançant.

Arrêtez!

Quelle est celte voix!

Arrêtez !

GUILBERT

CLAVIJO

Le cortège s'ttréte.

BUENCO.

Qui ose arrêter ce cortège respectable?

204 CLAVIJÛ

CLAVIJO

Dé|)csez ce cercueil.

GUILRERT.

Ah!

BUENCO.

Misérable! il n'y aura donc point de terme à tes forfaits! Le cercueil ne met-il pas ta victime à l'abri de tes poursuites?

CLAVIJO, mettant l'épée à la main.

Laisse-moi, n'excite pas ma fureur 1 Les malheureux sont terribles. Il faut que je la voie!

11 Ole le drap mortuaire. On voit .Marie couchée dans le cercueil, vêtue de blanc, les mains jointes. Clavijo recule effrayé et se cache le visage.

BDENCO.

Veux-tu la ranimer pour la tuer une seconde fois?

CLAVIJO

Misérable railleur ! . . . Marie !

11 tombe à genoux devant le cercueil.

BEADMARCHAIS.

Buenco m'a quilté tout à coup. Elle n'est pas morte, disentils : il faut que je la voie; qiiand tout l'univers s'y oppo>eiait, il faut que je la voie. Qu apcrçois-je? Des flambeau.\ ! un cercueil!

11 accourt et se jette sur le cercueil ; on le relève, il ei>t prêt à s'évanouir. Guilbcrt le soutient dans ses liras.

CLAVIJO, qui est de l'autre côté du cercueil:

Marie! Marie!

BEAUMARCHAIS se ranime.

C'est sa voix. Qui appelle Marie? Au seul son de cette voix, la fureur a fait bouillonner mon sang dans mes veines.

CLAVIJO

C'est moi.

Beaumarchais lui jette un regard terrible et met la main sur son épée. Guilbert le retient.

Je ne crains ni tes regards furieux ni la pointe de ton épée. Vois ces yeux éteints et fermés pour jamais, vois ces mains jointes !

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