ACTE I
ANNl.lTE.
l'iiis-jc y alld- Iniit de siiile, ni.iiiuiii? J'inii dire à madame que la madCmoisLlle e>t arrivée.
LA MA1TP.E>SE DE rO>TE.
Kli bien! va.
UADAJIE SOMMER.
Et dis-lui, ma peiite, qu'en sortant de table, nous nous rendrons auprès d'elle.
AnneUe sort.
LA MAITRESSE DE POSTE
Ma fdlc lui est singulièrement attachée; aussi cette chère baionne e^t bien la meilleure àme du monde. Son plus gr.md plaisir est avec les enlanls. Elle fait venir chez elle les filles . des paysans, jusqu'à ce qu'elle leur ait tloniié quelque talent; et alors elle leur cherche une bonne condition. Voilà comme elle passe le temps depuis l'éloiguement de son mari. II est inconcevable qu'elle puisse être à la fois si malheureuse, et si bomie, si aimable.
MADAME SOMMER
Elle n'est donc pas veuve?
LA MAITRESSE DE POSTE
Dieu le sait. Monsieur est absent depuis trois ans, et l'on n'entend plus parler de lui. Elle l'a aimé plus que tout. Mon mari ne tarissait pas quand il pailait d'eux. Et moi-même je vous le dis, il n'y pas un autre cœur comme celui-là dans le monde. Tous les ans, à l'anniversaire du jour qu'elle le vit pour la dernière fois, elle ne reçoit personne, elle s'enferme : et d'ailleurs, toutes les fois qu'elle parle de lui, elle le fait de façon à vous pénétrer l'àrae.
MADAME SOMSIER.
L'infortunée !
LA MAITRESSE DE POSTE
On dit bien des choses là-dessus !
MADAME SOMMER
Et qu'en pensez- vous?
LA MAITRESSE DE POSTE
Cela ne jjeut guère se dire.
8|t) STELLA.
MADAME SOMMER
Je VOUS en prie.
LA MAITRESSE DE POSTE
Si VOUS me promettez de ne pas me Iraliir, je vous le confierai. H y a un peu ]»liis de huit ans qu'ils viiiient ici. Ils aclietÎTcnL le fief. Personne ne les connaissait ; on les appelait le gracieux seigneur et la gracieuse dame; lui, passait pour un officier enrichi au service élranger, qui voulait vivre à l'avenir en repos. Elle, elle était dans tout l'éclat de la jeunesse, belle comme un ange, et n'avait pas plus de seize ans.
MADAME SOMMER
Elle n'en a donc que vingt- quatre?
LA MAITRESSE DE POSTE
Elle a pour son âge éprouvé assez de chagrins. Elle avait un enfant, il ne vécut pas bien longtemps. Son tombeau est dans le jardin; ce n'est qu'un terlre de gazon. Depuis le départ de monsieur, elle s'y est fait construire un petit réduit solitaire, et son propre tombeau tout à côté. Mon pauvre mari était vieux, et ne s'émouvait pas facilement; niais il ne racontait rien avec plus de plaisir que le bonheur de ce couple, tant qu'il était resté uni. L'on se sentait un autre homme rien qu'à voir comme ils s'aimaient
MADAME SOMMER
Mon cœur est entraîné vers elle.
LA MAITRESSE DE POSTE
Mais que voulez- vous?... L'on disait que monsieur avait des principes singuliers : du moins il ne venait jamais à l'éghse; et les gens qui n'ont point de religion, n'ont point de Dieu, et ne se soumettent à aucune règle. Un jour le bruit se répand que monsieur est parti. 11 l'était en effet; depuis lors, il n'est p»£ revenu.
MADAME SOMMER, à part.
C'est le tableau de ma propre destinée.
LA MAITRESSE DE POSTE
Tout le monde ne parlait que de cela. C'est dans le même temps que je vins m'établir ici, nouvellement mariée; à la